TMS et lombalgies au bloc — 7 gestes de prévention quotidiens
Santé du soignant

TMS et lombalgies au bloc — 7 gestes de prévention quotidiens

6 mai 2026 7 min de lecture IBODE Academy

SANTE DU SOIGNANT · MAI 2026 · 8 MIN DE LECTURE

TMS et lombalgies au bloc — gestes de prévention quotidiens

Les troubles musculo-squelettiques sont la première maladie professionnelle reconnue en France et représentent plus de 80 % des maladies professionnelles indemnisées. La prévention au bloc passe par l'ergonomie du poste, l'usage systématique des aides à la manutention et le repérage précoce des douleurs (INRS, dossier TMS).

Le poids des TMS chez les soignants

L'INRS rappelle que les TMS constituent la première maladie professionnelle reconnue en France et représentent plus de 80 % des maladies professionnelles indemnisées. En 2021, les TMS des membres supérieurs et inférieurs ont entraîné plus de 11 millions de journées de travail perdues et 1 milliard d'euros de frais couverts par les cotisations des entreprises du régime général (INRS, Statistiques TMS, URL : inrs.fr/risques/tms-troubles-musculosquelettiques/statistiques.html).

Les activités d'aide et de soin à la personne figurent parmi les secteurs les plus exposés. Selon l'INRS, les aides-soignants sont particulièrement concernés par le port de charges lourdes (INRS, Hôpitaux et cliniques, URL : inrs.fr/metiers/sante-aide-personne/hopitaux-cliniques.html). L'IBODE cumule plusieurs facteurs : station debout prolongée, postures contraintes (tronc penché, bras tendus), précision gestuelle, manutention de patients et d'instrumentation lourde, port d'EPI parfois lourds en chirurgie radio-guidée.

L'enquête SUMER : exposition documentée des soignants

L'enquête nationale SUMER (Surveillance Médicale des Expositions des salariés aux Risques professionnels), menée par la DARES et la DGT, documente les expositions professionnelles. La 4e édition (collecte 2016-2017) couvre 26 500 salariés via 1 243 médecins du travail volontaires. Elle observe que les contraintes physiques intenses restent élevées et que la pression au travail s'accroît (DARES, SUMER 2016-2017, URL : dares.travail-emploi.gouv.fr/enquete-source/la-surveillance-medicale-des-expositions-des-salaries-aux-risques-professionnels-2016-2017).

Pour les soignants spécifiquement, ne pas extrapoler de pourcentages sectoriels précis sans citer la fiche SUMER correspondante.

Quels gestes au quotidien ?

Préparer son poste avant l'incision

Une bonne ergonomie commence avant l'intervention :

  • Régler la hauteur de la table d'opération à hauteur de coude (avant-bras à environ 90°).
  • Adapter la table aux opérateurs de tailles différentes (repose-pieds, marchepied, hauteur ajustable).
  • Positionner l'instrumentation à portée immédiate sur la table de Mayo.
  • Vérifier l'éclairage et l'orientation du scialytique pour éviter les inclinaisons cervicales prolongées.
  • Préparer l'installation chirurgicale en équipe avec aides-soignants, et garder le matériel de transfert (planche, drap glisse, lève-personne) à proximité.

Adopter une posture neutre debout

  • Pieds parallèles à largeur des épaules, bassin neutre, épaules basses.
  • Tête alignée avec la colonne, regard à 30° maximum vers le bas.
  • Alterner l'appui d'une jambe sur l'autre, déplacer les pieds plutôt que tordre le tronc.
  • Privilégier des chaussures adaptées (semelle souple, voûte plantaire soutenue).

Le tapis anti-fatigue est régulièrement cité dans les fiches d'ergonomie professionnelle ; à défaut de chiffre validé par l'INRS sur l'effet d'un tapis dans un bloc opératoire IBODE spécifiquement, ne pas avancer de pourcentage non sourcé.

Sécuriser la manutention des patients

La manutention manuelle est encadrée par les articles R.4541-1 à R.4541-10 du Code du travail. Le principe : éviter la manutention manuelle quand elle peut l'être, et l'organiser sinon en limitant les efforts (Code du travail, articles R.4541, URL : legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000018492447).

  • Évaluer le poids et la coopération du patient avant le transfert.
  • Utiliser systématiquement les aides : drap glisse, planche de transfert, lève-personne motorisé, lit articulé.
  • Mobiliser plutôt que porter : roule, glisse, pivote.
  • Synchroniser l'équipe (compter avant la mobilisation).
  • Communiquer avec le patient pour solliciter sa participation.
  • Refuser la mobilisation manuelle dangereuse et alerter le cadre.

L'INRS publie sur ce sujet le guide ED 6291 — Méthode d'analyse de la charge physique de travail — et la démarche ALM (Accompagner la mobilité) avec le guide ED 6415 (INRS, Hôpitaux et cliniques, URL : inrs.fr/metiers/sante-aide-personne/hopitaux-cliniques.html).

Gérer la posture en aide opératoire

  • Tronc droit, mobilisation des pieds plutôt que rotation lombaire.
  • Coude proche de 90° pour le passage des instruments.
  • Soutien de l'avant-bras sur la table d'opération si possible.
  • Demander une pause au chirurgien lors d'interventions très longues si la fatigue ou la douleur s'installent.

Effectuer des micro-pauses

  • Auto-mobilisation discrète pendant les temps creux : cercles d'épaule, mobilisation des chevilles, légère bascule du bassin.
  • Hydratation lors des pauses physiques.
  • Respiration abdominale lente en cas de tension.
  • Pause complète entre les interventions.

Étirements et renforcement en début et fin de service

L'INRS souligne que la pratique d'exercices physiques au travail peut contribuer à la prévention des TMS, en complément — et non en substitut — d'une démarche ergonomique sur le poste (INRS, Pratique d'exercices physiques au travail, communiqué de presse, URL : inrs.fr/header/presse/cp-exercice-physique.html).

  • Étirements cervicaux, pectoraux, lombaires, ischio-jambiers, mollets.
  • Renforcement du gainage abdominal.
  • Activité physique régulière hors travail.

Signaler et consulter précocement

  • Tenir un journal des douleurs (intensité, contexte d'apparition).
  • Consulter le médecin du travail dès les premiers signes persistants.
  • Déclarer en accident du travail tout événement aigu (faux mouvement, lumbago aigu).
  • Demander un aménagement de poste si nécessaire.
  • Suivre la rééducation prescrite ; ne pas banaliser la douleur chronique.

Tableaux de maladies professionnelles applicables

Plusieurs tableaux du régime général reconnaissent les TMS comme maladies professionnelles (INRS, Réglementation TMS, URL : inrs.fr/risques/tms-troubles-musculosquelettiques/reglementation.html) :

  • Tableau n°57 — affections péri-articulaires provoquées par certains gestes et postures.
  • Tableau n°97 — affections chroniques du rachis lombaire provoquées par les vibrations transmises au corps entier.
  • Tableau n°98 — affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes.

La déclaration s'effectue via la médecine du travail et la CPAM.

Cadre juridique : obligation de sécurité de l'employeur

L'article L.4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (Légifrance, URL : legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000035640828). Cela inclut :

  • Évaluation des risques (DUERP).
  • Formation à la prévention des risques liés à la manutention.
  • Mise à disposition d'aides techniques adaptées.
  • Coordination avec la médecine du travail.
  • Déclaration des AT/MP.

A RETENIR

  • Les TMS sont la première maladie professionnelle reconnue en France et représentent plus de 80 % des maladies professionnelles indemnisées (INRS).
  • Régler la table d'opération à hauteur de coude, alterner les appuis, déplacer les pieds plutôt que tordre le tronc.
  • Manutention encadrée par le Code du travail (articles R.4541) : éviter le manuel, utiliser les aides systématiquement.
  • Démarche ALM (INRS ED 6415) et méthode d'analyse de la charge physique (INRS ED 6291) sont les outils de référence.
  • Consulter la médecine du travail dès les premiers signes persistants ; ne pas attendre la chronicisation.

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