Compresses radio-opaques — quand sont-elles obligatoires et pourquoi compter ?
Tips pratiques

Compresses radio-opaques — quand sont-elles obligatoires et pourquoi compter ?

6 mai 2026 6 min de lecture IBODE Academy

TIPS PRATIQUES IBODE · MAI 2026 · 7 MIN DE LECTURE

Compresses radio-opaques — quand sont-elles obligatoires et pourquoi compter ?

Les compresses radio-opaques contiennent un fil baryté détectable à la radiographie. Leur usage est obligatoire au bloc pour permettre le compte sécurisé et la détection d'un éventuel textiloma (HAS, 2024).

Définition et constitution

Une compresse radio-opaque est une compresse en non-tissé (généralement viscose-polyester) dans laquelle est intégré un fil de sulfate de baryum ou un fil polyester baryté radio-détectable. Ce fil est visible à la radiographie standard (rayonnement X de 60 à 120 kV) ou au scanner, permettant la détection à distance d'un oubli intracorporel.

Elles obéissent à la norme NF EN 14079 (compresses non tissées en gaze) et doivent être marquées CE comme dispositif médical de classe IIa selon le règlement (UE) 2017/745.

Cadre réglementaire

L'utilisation de textiles radio-opaques au bloc opératoire est rendue obligatoire par plusieurs textes (HAS, 2024) :

  • Check-list HAS "Sécurité du patient au bloc opératoire" (révision 2024) : item 5 du Sign Out précise que "le compte des compresses, instruments et aiguilles est correct".
  • Décret n°2010-1408 du 12 novembre 2010 relatif à la lutte contre les événements indésirables associés aux soins.
  • Arrêté du 6 avril 2011 relatif au management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse et aux médicaments dans les établissements de santé.
  • Référentiel de certification HAS V2025 : critère 3.4-04 sur la prévention des événements jamais devraient survenir (Never Events).

L'oubli de matériel chirurgical est classé "Never Event" par la HAS depuis 2012 — c'est-à-dire un événement indésirable grave qui ne devrait jamais survenir et qui est presque toujours évitable.

Pourquoi compter — données de sécurité

Les textilomas (oubli de compresses ou champs) représentent l'événement indésirable le plus fréquent parmi les "objets oubliés" au bloc opératoire :

  • 1 cas pour 1 000 à 1 500 interventions selon les études internationales (HAS, 2024).
  • 69 % des oublis sont des compresses ; les autres : champs, aiguilles, lames, embouts d'aspiration.
  • Conséquences : abcès chronique, fistule, perforation digestive, septicémie, intervention itérative dans 60 % des cas.
  • Impact judiciaire : la jurisprudence française considère depuis l'arrêt de la Cour de Cassation (Cass. crim., 1ère ch. civ., 23 mai 2017) que l'oubli de compresse engage la responsabilité de l'établissement et de l'IBODE.

Le compte des compresses en pratique

Les recommandations HAS et AORN (2024) imposent un compte triple :

Compte initial (avant incision)

  • L'IBODE circulant et l'instrumentiste comptent ensemble toutes les compresses ouvertes sur le champ.
  • Compte par paquets standardisés (10 ou 20 compresses) avec vérification visuelle de chaque compresse pour détecter les "doubles" (deux compresses collées ensemble).
  • Inscription du nombre sur le tableau de salle ou sur la fiche de traçabilité.

Compte intermédiaire (au cours de l'intervention)

  • Tout ajout de compresses au champ est tracé en temps réel.
  • Recompte avant fermeture d'une cavité (péritoine, plèvre, méninges) pour s'assurer qu'aucune compresse n'a migré dans la cavité.

Compte final (avant fermeture cutanée)

  • Compte simultané par l'IBODE et l'instrumentiste, à voix haute.
  • Comparaison avec le total entré.
  • En cas de discordance : recherche systématique des compresses manquantes (champ opératoire, sols, poubelles, sacs anatomiques) ; à défaut, radiographie peropératoire obligatoire avant fermeture.
  • Validation au Sign Out de la check-list HAS par l'opérateur, l'anesthésiste et l'IBODE.

Cas particuliers

Cœlioscopie et chirurgie endoscopique

Les compresses radio-opaques sont également obligatoires pour les interventions cœlioscopiques. Leur perte intracavitaire en cours d'intervention est particulièrement insidieuse car la visualisation cœlioscopique limite la détection. La HAS recommande un compte renforcé avant le retrait des trocarts.

Petites compresses et "tupfers"

Les tupfers (petites boules de compresses) montés sur pinces (Cheron, Faure) doivent être radio-opaques et leur compte intégré au compte global. L'oubli de tupfer est rare mais documenté.

Patient pédiatrique et obèse

Le risque de textiloma est majoré chez le patient obèse (visibilité limitée, dissection difficile) et minoré en pédiatrie (cavité plus petite). Les recommandations HAS suggèrent une vigilance accrue pour les BMI > 35.

Implications IBODE et qualité

L'IBODE est garante du compte des textiles. En pratique :

  • Vérifier l'intégrité du fil baryté avant ouverture du paquet (contrôle visuel sur 1 ou 2 compresses témoins).
  • Ne jamais sortir une compresse du champ sans qu'elle soit comptabilisée. Toute compresse souillée non utilisée doit être déposée dans un réceptacle dédié pour comptage.
  • Documenter le compte dans la fiche de traçabilité (signature IBODE + instrumentiste + chirurgien).
  • Signaler tout incident (compresse manquante, doute) au RETEX et au CSO de l'établissement.
  • Participer aux audits qualité de compte (HAS recommande un audit annuel par bloc).

A RETENIR

  • Compresses radio-opaques obligatoires au bloc (HAS, 2024) — Never Event en cas d'oubli.
  • Compte triple : initial, intermédiaire, final (HAS check-list).
  • Discordance = recherche puis radiographie peropératoire avant fermeture.
  • Norme NF EN 14079 et marquage CE classe IIa (UE 2017/745).
  • Responsabilité partagée IBODE-instrumentiste-chirurgien validée au Sign Out.

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