Olga Spitzer (1879-1971) : fondatrice du Service Social à l'Enfance et matrice du bilan psycho-social pédiatrique
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Olga Spitzer (1879-1971) : fondatrice du Service Social à l'Enfance et matrice du bilan psycho-social pédiatrique

13 mai 2026 8 min de lecture IBODE Academy

Quand un IBODE de 2026 collabore avec une assistante sociale pour préparer la sortie post-opératoire d'un patient précaire, mineur isolé ou parent en difficulté éducative, il prolonge une intuition née dans le Paris des années 1920. Olga Spitzer fut, en 1923, l'une des fondatrices du Service Social à l'Enfance — l'une des premières organisations françaises de service social spécialisé centré sur l'enfance (Association Olga Spitzer — OSPI, Notre histoire, URL : www.olgaspitzer.asso.fr/notre-histoire/).

Olga Spitzer, née Heller, est née en 1879 à Budapest dans une famille juive aisée. Elle s'installe à Paris au début du XXe siècle. Son intuition fondatrice naît de la confrontation, pendant la Première Guerre mondiale, avec l'accueil d'orphelins de guerre, puis, dans le Paris du début des années 1920, avec les dispensaires médicaux pour enfants. Elle observe que les soins médicaux pédiatriques échouent fréquemment quand l'environnement familial reste précaire. Elle crée en 1923 le Service Social à l'Enfance (SSE), l'une des premières associations françaises de service social spécialisé (Association Olga Spitzer — OSPI, Notre histoire, URL : www.olgaspitzer.asso.fr/notre-histoire/). L'association existe toujours en 2026 sous le nom d'« Association Olga Spitzer ».

1. Budapest, Paris : la trajectoire d'une femme du XXe siècle (1879-1923)

Olga Heller grandit dans la haute bourgeoisie hongroise éclairée. Elle reçoit une formation d'institutrice avant d'épouser le banquier Arthur Spitzer. Le couple s'installe à Paris au tournant du XXe siècle. De cette période à la Première Guerre mondiale, Olga Spitzer mène une vie de mère de famille bourgeoise et de mécène discrète.

La Première Guerre mondiale la pousse à l'engagement. Elle est bénévole dans plusieurs structures d'accueil d'orphelins de guerre à Paris. Elle découvre l'écart entre les soins médicaux dispensés et les conditions de retour à la cellule familiale ou à l'orphelinat. C'est là qu'elle conçoit l'idée d'un service spécifique qui ferait le lien entre la médecine et la famille.

2. La fondation du Service Social à l'Enfance (1923)

En 1923, Olga Spitzer fonde le Service Social à l'Enfance (SSE) à Paris (Association Olga Spitzer — OSPI, Notre histoire, URL : www.olgaspitzer.asso.fr/notre-histoire/). Le statut juridique est une association loi 1901. Le principe : employer des assistantes sociales spécialisées qui interviennent au dispensaire, à l'hôpital pédiatrique et auprès du tribunal pour enfants — juridiction créée par la loi du 22 juillet 1912 sur les enfants délinquants.

Le SSE met en place plusieurs dispositifs qui inspireront des standards ultérieurs :

  • L'enquête sociale en milieu pédiatrique — précurseur des bilans psycho-sociaux contemporains.
  • Le service de placement familial spécialisé — préfiguration des familles d'accueil professionnelles.
  • Le service d'aide à la mère célibataire — l'un des premiers dispositifs français de prévention sans jugement moral.
  • Le service éducatif en milieu ouvert — précurseur de l'AEMO (Action éducative en milieu ouvert) qui sera codifiée par l'Ordonnance du 23 décembre 1958 relative à la protection judiciaire de l'enfance et de l'adolescence en danger (Légifrance, Ordonnance du 23 décembre 1958, URL : www.legifrance.gouv.fr).

Le SSE forme également ses propres assistantes sociales, contribuant à la professionnalisation antérieure à la création officielle du diplôme d'État d'assistant social en 1932. Dès le milieu des années 1920, Spitzer collabore avec Léonie Chaptal pour articuler les deux jeunes professions — infirmière visiteuse d'hygiène et assistante sociale.

3. L'œuvre suite : Résistance, refondation et essor (1939-1971)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Olga Spitzer, en raison de ses origines juives, doit se réfugier en zone non occupée. Plusieurs de ses collaboratrices du SSE participent à l'Organisation de Secours aux Enfants (OSE), réseau de sauvetage d'enfants juifs (Mémorial de la Shoah, OSE — Organisation de Secours aux Enfants, URL : www.memorialdelashoah.org).

À la Libération, le SSE reprend son activité à Paris et essaime progressivement dans toute la France. Après la guerre, Olga Spitzer reste figure tutélaire de l'association et conseille à l'élaboration de textes fondateurs de la protection de l'enfance, dont l'Ordonnance du 23 décembre 1958 sur l'AEMO. Elle décède au début des années 1970 à Paris. L'association portant son nom (Association Olga Spitzer) fonctionne toujours en 2026.

« L'enfant qui sort guéri d'un dispensaire et retourne dans une famille qui ne sait pas l'aider n'est pas un enfant soigné. C'est un enfant qu'on a rendu, comme on rend un objet. »

— Olga Spitzer, rapport au conseil d'administration du SSE, années 1920 (archives Association Olga Spitzer).

4. Une influence durable (chronologie)

  • 1879 — Naissance à Budapest (27 avril).
  • Début du XXe siècle — Installation à Paris.
  • 1914-1918 — Bénévole dans des structures d'accueil d'orphelins de guerre.
  • 1923 — Fondation du Service Social à l'Enfance (SSE) à Paris.
  • Années 1920-1930 — Création des services spécialisés (placement familial, aide à la mère célibataire, action éducative en milieu ouvert) et collaboration avec Léonie Chaptal.
  • 1932 — Décret du 12 janvier portant création du diplôme d'État d'assistant social (l'expérience du SSE alimente ces travaux).
  • 1939-1944 — Réfugiée en zone non occupée ; collaboratrices engagées dans l'OSE.
  • 1958 — Ordonnance du 23 décembre relative à la protection judiciaire de l'enfance : codification de l'AEMO (Légifrance).
  • 1971 — Décès à Paris.
  • 1975 — L'association prend officiellement le nom d'« Association Olga Spitzer ».
  • 1986 — Loi du 27 juillet créant l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE).
  • 2023 — Centenaire de la fondation du SSE.

5. L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)

Trois axes opérationnels pour l'IBODE de 2026.

Premièrement, le bilan psycho-social pré-opératoire. Les recommandations de la HAS sur l'accueil pédiatrique en péri-opératoire et le programme RAAC pédiatrique préconisent une évaluation de l'environnement familial et social avant chirurgie programmée (HAS, Récupération améliorée après chirurgie (RAAC) — volet pédiatrique, URL : www.has-sante.fr/jcms/c_2722658). L'IBODE participe à cette évaluation au sein de l'équipe pluridisciplinaire — infirmière, anesthésiste, chirurgien, psychologue, assistante sociale. Quand l'IBODE alerte sur un retour à domicile risqué (parent non disponible, logement insalubre, antécédents de négligence), il prolonge la démarche initiée par Spitzer.

Deuxièmement, le signalement et l'information préoccupante. Les articles L. 226-2-1 et suivants du Code de l'action sociale et des familles (loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance, mise à jour par la loi du 7 février 2022 dite « loi Taquet ») imposent à tout professionnel de santé de transmettre une « information préoccupante » à la cellule départementale (CRIP) lorsqu'un enfant lui paraît en danger (Légifrance, loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance, URL : www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000823100) (Légifrance, loi du 7 février 2022 dite loi Taquet relative à la protection des enfants, URL : www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000045108029). L'IBODE est concerné : repérage d'ecchymoses incompatibles avec l'anamnèse, refus de soins répété par les parents, signes évocateurs de mutilations sexuelles féminines.

Troisièmement, la coordination avec le service social hospitalier. Les établissements de santé français disposent d'un service social hospitalier (cf. Code de la santé publique, partie réglementaire). L'IBODE travaille avec ce service pour la préparation du retour à domicile, l'aide à l'organisation de l'hospitalisation à domicile (HAD) et la mobilisation des aides à la personne.

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