Quand un IBODE de 2026 dépose son dossier d'inscription au DEIBO sans avoir à prouver autre chose que son DEI, son projet et sa motivation, il bénéficie d'un droit conquis tardivement par d'autres. Mary Eliza Mahoney, première infirmière noire diplômée des États-Unis en 1879, dut faire valider, à chaque garde, la légitimité d'une femme afro-américaine à exercer un service hospitalier (American Nurses Association, ANA Hall of Fame — Mary Eliza Mahoney, URL : www.nursingworld.org/ana-enterprise/about-ana/ana-hall-of-fame/). Son nom est aujourd'hui celui de la plus haute distinction de reconnaissance des contributions à la diversité décernée par l'American Nurses Association.
Mary Eliza Mahoney (1845-1926) est née le 7 mai 1845 à Dorchester (Massachusetts), un district aujourd'hui rattaché à Boston (National Women's Hall of Fame, Mary Eliza Mahoney — Inductee 1993, URL : www.womenofthehall.org/inductee/mary-eliza-mahoney/). Fille d'anciens esclaves affranchis émigrés de Caroline du Nord, elle commence à travailler très jeune comme cuisinière, lingère et aide-soignante non titrée au New England Hospital for Women and Children. Une quinzaine d'années plus tard, sa candidature est acceptée à l'école d'infirmières du même hôpital. Le 1er août 1879, elle figure parmi les diplômées de la promotion. Son nom est associé, depuis 1936, au « Mary Mahoney Award » — distinction de l'American Nurses Association récompensant les contributions à l'intégration et à l'équité dans la profession infirmière américaine.
1. Quinze ans dans les coulisses, avant d'entrer en formation
Le New England Hospital for Women and Children, fondé en 1862 par la docteure Marie Zakrzewska, est dirigé par des femmes médecins et n'accueille que des patientes. Mary Mahoney y entre adolescente — quelques années après la guerre de Sécession — pour des emplois de service. Elle exerce tour à tour comme cuisinière, lingère, puis aide non titrée auprès des infirmières. Elle reste de longues années dans ces fonctions, observant les soins, apprenant la pratique au lit du malade, écoutant les médecins.
L'école d'infirmières du New England Hospital — celle qui a diplômé Linda Richards en 1873 — finit par accepter sa candidature. Les conditions d'admission sont notoirement dures pour l'époque : longues journées, sept jours sur sept, programme combinant théorie et pratique sur plusieurs mois, faible rémunération. La promotion débute avec de nombreuses candidates, dont seule une poignée parvient au terme du cursus. Le 1er août 1879, Mary Mahoney reçoit son diplôme : elle est la première Afro-Américaine diplômée d'une école d'infirmières aux États-Unis (ANA Hall of Fame, Mary Eliza Mahoney, URL : www.nursingworld.org/ana-enterprise/about-ana/ana-hall-of-fame/).
2. Trente-cinq ans d'exercice privé (1879-1914)
Mary Mahoney choisit de ne pas exercer en hôpital — l'accès en lui serait dans la plupart des cas refusé dans les établissements américains de l'époque, marqués par la ségrégation post-Reconstruction. Elle s'inscrit comme infirmière privée et exerce pendant plus de trois décennies au domicile de familles bostoniennes, ainsi que dans plusieurs autres villes du nord-est des États-Unis (Brooklyn, New Haven, Buffalo, Providence, Boston).
Sa réputation d'efficacité, de discrétion et de rigueur dans la tenue du dossier infirmier la rend particulièrement demandée. Au-delà des soins directs, elle forme aussi les personnels domestiques aux gestes d'hygiène et de surveillance, ce qui en fait l'une des premières éducatrices à la santé en milieu communautaire aux États-Unis.
3. L'œuvre suite : fondation de la NACGN et combat pour l'intégration
En 1908, Mary Mahoney participe à la fondation de la National Association of Colored Graduate Nurses (NACGN), réponse à l'exclusion des infirmières noires des associations professionnelles majoritairement blanches de l'époque (ANA, Hall of Fame — Mary Eliza Mahoney, URL : www.nursingworld.org/ana-enterprise/about-ana/ana-hall-of-fame/). Lors du premier congrès officiel de la NACGN, c'est elle qui prononce le discours d'ouverture.
La NACGN se développe au cours des décennies suivantes. En 1951, elle fusionne avec l'American Nurses Association — mouvement qui s'inscrit dans la dynamique de fin de la ségrégation institutionnelle dans la profession infirmière américaine. Mary Mahoney est par ailleurs l'une des premières femmes de Boston à voter après l'adoption du 19e amendement (1920).
« Nous, infirmières de couleur, ne demandons pas de privilège : nous demandons que le travail bien fait soit reconnu comme bien fait, quel que soit celui qui le fait. »
4. Une influence durable (chronologie)
- 1845 — Naissance à Dorchester, Massachusetts (7 mai).
- Années 1860 — Entrée comme employée non titrée au New England Hospital for Women and Children, Boston.
- 1878-1879 — Admission à l'école d'infirmières et obtention du diplôme.
- 1879 — Première Afro-Américaine diplômée d'une école d'infirmières aux États-Unis (1er août).
- 1879-1914 — Plus de trois décennies d'exercice en infirmerie privée à Boston et dans plusieurs villes du nord-est.
- 1908-1909 — Co-fondation de la NACGN et discours d'ouverture du premier congrès.
- 1920 — Parmi les premières femmes de Boston à voter, à 75 ans.
- 1926 — Décès à Boston.
- 1936 — Création du « Mary Mahoney Award » par la NACGN.
- 1951 — Fusion NACGN-ANA.
- 1976 — Intronisation à l'American Nurses Association Hall of Fame.
- 1993 — Intronisation au National Women's Hall of Fame.
5. L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)
Trois grilles de lecture concrètes pour l'IBODE de 2026.
Premièrement, la lutte contre les biais ethniques et sociaux dans la prise en charge périopératoire. Les recommandations de la HAS sur l'accueil péri-opératoire et celles de la SFAR sur la prise en charge en anesthésie soulignent que la qualité d'information du patient avant induction peut varier selon des facteurs socio-culturels et linguistiques (HAS, recommandations accueil et information péri-opératoire, URL : www.has-sante.fr). L'IBODE 2026, par son rôle dans le check-in et la « pause time-out » de la check-list HAS, est en première ligne pour repérer ces écarts.
Deuxièmement, l'accès à la formation IBODE. L'Arrêté du 27 avril 2022 fixe les conditions d'accès au DEIBO : titulaire du DEI, dossier de candidature, entretien (Légifrance, Arrêté du 27 avril 2022, URL : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045712085). Pas de quota ethnique, pas de discrimination formelle — mais la diversité de la population étudiante reste inégalement répartie sur le territoire (métropole et DROM). Le combat de Mahoney pour l'égalité d'accès reste actuel.
Troisièmement, la posture professionnelle. Mahoney exerçait en privé, seule chez le malade, avec une rigueur de tenue de dossier qui força le respect. Cette posture rejoint en partie ce qui est attendu de l'IBODE 2026 par le référentiel de compétences C1-C9 : autonomie, traçabilité, qualité de la transmission orale et écrite, capacité à expliquer une décision. L'extension du périmètre IBODE par le décret n° 2024-954 du 17 octobre 2024 prolonge cette logique d'autonomie professionnelle (Légifrance, décret n° 2024-954 du 17 octobre 2024 relatif aux actes professionnels des IBODE, URL : www.legifrance.gouv.fr).