Linda Richards (1841-1930) : la première infirmière diplômée des USA, mère du dossier de soin
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Linda Richards (1841-1930) : la première infirmière diplômée des USA, mère du dossier de soin

13 mai 2026 8 min de lecture IBODE Academy

Quand un IBODE termine sa journée en rédigeant ses transmissions ciblées sur le dossier patient informatisé, il pratique un geste si banal qu'on en oublie l'origine. C'est pourtant à une jeune femme du Vermont, première diplômée d'une école d'infirmières américaine en 1873, que la profession infirmière doit l'idée même de transmettre par écrit ce qu'elle observe. Linda Richards n'est pas seulement la première infirmière diplômée des États-Unis : elle figure parmi les inventrices du dossier de soin infirmier moderne (National Women's Hall of Fame, Linda Richards — Inductee 1994, URL : www.womenofthehall.org/inductee/linda-richards/).

Melinda Ann Judson Richards (1841-1930) naît à Potsdam dans l'État de New York le 27 juillet 1841, mais grandit à Newport, Vermont (American Nurses Association Hall of Fame — Linda Ann Judson Richards, URL : www.nursingworld.org/ana-enterprise/about-ana/ana-hall-of-fame/). Orpheline jeune, marquée par les soins qu'elle prodigue à sa mère puis à son fiancé tuberculeux, elle entre dans la première promotion d'une école d'infirmières américaine — la New England Hospital for Women and Children School of Nursing à Boston. Elle reçoit son diplôme le 1er octobre 1873. Elle structurera dans les décennies suivantes le système de transmissions écrites infirmières, plusieurs écoles à Boston, Kyoto et Tokyo, ainsi que la première formation infirmière psychiatrique américaine.

1. Une formation pionnière : Boston, octobre 1873

En 1872, la docteure Susan Dimock, formée à Zurich, fonde à Boston le programme d'école d'infirmières du New England Hospital for Women and Children. L'établissement, calqué sur le modèle Nightingale du St Thomas' Hospital de Londres ouvert en 1860, accueille sa première promotion à l'automne 1872. Linda Richards y entre en septembre 1872. La formation, intensive pour l'époque, dure douze mois avec un programme combinant cours et stages en service.

Le 1er octobre 1873, Linda Richards reçoit ce qui est généralement considéré comme le premier diplôme d'infirmière délivré aux États-Unis (National Women's Hall of Fame, Linda Richards, URL : www.womenofthehall.org/inductee/linda-richards/). Avec elle, plusieurs autres femmes obtiennent leur diplôme. Aux États-Unis, c'est le moment où le nursing commence à se constituer en profession structurée — après une période où soigner relevait du bénévolat religieux, du dévouement familial ou de l'emploi domestique.

2. L'invention du journal de garde infirmier (1874-1877)

À sa sortie d'école, Linda Richards rejoint le Bellevue Hospital de New York, où elle exerce comme superintendante de nuit. C'est dans ce cadre qu'elle met en place un système de transmissions écrites organisées entre infirmières (Massachusetts Nurses Association, Linda Richards: America's First Trained Nurse, URL : www.massnurses.org). Elle institue dans son service un cahier où chaque infirmière, à la relève, consigne les observations cliniques sur chaque patient, les soins effectués, les changements de traitement, les incidents.

Ce qui paraît évident à un IBODE de 2026 — transmission ciblée, traçabilité du dossier patient informatisé, horodatage des observations — constituait à l'époque une rupture. Les médecins tenaient un dossier ; les infirmières, jusqu'alors, ne laissaient guère de trace écrite organisée. Linda Richards démontre que l'écrit infirmier est une condition de continuité des soins. Quelques années plus tard, elle introduit le même système au Massachusetts General Hospital de Boston, contribuant à diffuser ce standard.

3. L'œuvre suite : Kyoto et la psychiatrie

Dans les années 1880, Linda Richards part au Japon comme missionnaire infirmière. Elle fonde une école d'infirmières au Doshisha Hospital de Kyoto, sous le patronage du gouvernement Meiji. Elle organise un cursus calqué sur Boston : théorie, pratique au lit du malade, examen final.

De retour aux États-Unis, elle prend la direction de la Visiting Nurse Association de Philadelphie, puis se spécialise dans la formation psychiatrique. À la fin des années 1890, elle dirige l'école de l'Hôpital d'État de Worcester (Massachusetts), où elle conçoit l'une des premières formations infirmières en santé mentale du pays. Elle aura formé plusieurs milliers d'infirmières sur l'ensemble de sa carrière.

« Je suis convaincue qu'il n'y a pas de vocation qui apporte plus de bonheur que de soigner les malades. Mais elle exige une discipline, une méthode et une humilité que rien dans la vie sociale ordinaire ne prépare. »

— Linda Richards, Reminiscences of Linda Richards: America's First Trained Nurse, Boston, M. Barrows & Co., 1911 (domaine public, consultable sur HathiTrust Digital Library).

4. Une influence durable (chronologie)

  • 1841 — Naissance à Potsdam, New York (27 juillet).
  • 1872 — Entrée à la New England Hospital for Women and Children School of Nursing, Boston.
  • 1873 — Diplôme d'infirmière des États-Unis (1er octobre).
  • Années 1870 — Superintendante de nuit au Bellevue Hospital, New York : mise en place du système de transmissions écrites.
  • Fin des années 1870 — Voyage de formation à Londres : rencontre avec Florence Nightingale au St Thomas' Hospital.
  • Années 1880 — Mission au Japon : fondation d'une école d'infirmières au Doshisha Hospital de Kyoto.
  • Fin du XIXe siècle — Direction de l'école d'infirmières de l'État de Worcester : première formation psychiatrique infirmière américaine.
  • 1911 — Publication de Reminiscences of Linda Richards: America's First Trained Nurse.
  • 1930 — Décès à Boston.
  • 1994 — Intronisation au National Women's Hall of Fame.

5. L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)

L'héritage de Linda Richards se retrouve à chaque saisie de transmissions au bloc opératoire. Trois dimensions concrètes pour l'IBODE de 2026.

Premièrement, la traçabilité de l'acte. Le Décret n° 2024-954 du 17 octobre 2024 et l'Arrêté du 27 avril 2022 fixant le référentiel de formation IBODE (compétences C5 « Mettre en œuvre des mesures de prévention et de gestion des risques » et C6 « Réaliser la traçabilité des dispositifs médicaux et activités du bloc ») exigent un enregistrement systématique (Légifrance, Arrêté du 27 avril 2022 relatif au DEIBO, URL : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045712085). Quand l'IBODE coche le compte de compresses, scanne le code-barre d'un implant ou consigne une non-conformité, il pratique le geste fondateur de la mémoire écrite organisée des soins.

Deuxièmement, la transmission ciblée. La méthode SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) — son adaptation française SAED — et la transmission ciblée préconisée par la HAS sont les héritières directes du cahier de relève imaginé dans les hôpitaux américains à la fin du XIXe siècle (HAS, SAED : un guide pour faciliter la communication entre professionnels de santé, URL : www.has-sante.fr/jcms/c_2657037).

Troisièmement, la pratique réflexive. Le cursus IBODE 2022 intègre des heures de stage encadrées par un livret d'apprentissage : journal de bord du stagiaire où il consigne situations cliniques et analyse réflexive. C'est l'héritier pédagogique du nursing record.

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