Leonie Chaptal : pionniere de la formation infirmiere française (1922)
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Leonie Chaptal : pionniere de la formation infirmiere française (1922)

13 mai 2026 10 min de lecture IBODE Academy

En 2026, toute IBODE française a derrière elle un parcours qui suppose un diplôme d'État d'infirmier (DEI), des stages encadrés, un programme universitaire, un titre protégé. Cet ensemble n'a pas toujours existé. La structuration de la formation infirmière française doit beaucoup à une figure longtemps occultée de la mémoire professionnelle : Léonie Chaptal, aristocrate catholique sociale, présidente de l'Association Nationale des Infirmières Diplômées de l'État Français (ANIDEF) et représentante française au Conseil International des Infirmières (CII).

Léonie Chaptal, née à Paris en 1873 et décédée à Paris en 1937, fut l'une des principales architectes de la profession infirmière française moderne (BnF Gallica, ouvrages de référence sur Léonie Chaptal, URL : gallica.bnf.fr). Issue de la famille du chimiste et homme d'État Jean-Antoine Chaptal, elle utilise sa position sociale et sa fortune personnelle pour faire de la professionnalisation infirmière une cause publique. Elle œuvre dès le début du XXe siècle à la fondation d'écoles laïques d'infirmières à Paris et obtient, avec le soutien du sous-secrétaire d'État à la santé Justin Godart, la promulgation du décret du 27 juin 1922 créant le brevet de capacité d'infirmière — première réglementation française moderne de la profession (Légifrance et Journal Officiel du 28 juin 1922, décret du 27 juin 1922, URL : www.legifrance.gouv.fr).

1. D'une famille bourgeoise catholique au service des malades

Léonie Chaptal naît dans une famille de la haute bourgeoisie parisienne, profondément catholique et engagée dans le catholicisme social de la fin du XIXe siècle. Elle ne suit pas une formation infirmière classique : à cette époque, les infirmières françaises sont essentiellement des religieuses (Filles de la Charité, Augustines) ou des « gardes-malades » sans formation structurée. La formation infirmière institutionnelle reste embryonnaire, malgré les efforts pionniers de l'École de la Salpêtrière sous l'impulsion du Dr Désiré-Magloire Bourneville dans les années 1880.

Au tournant du XXe siècle, Chaptal se rapproche du Catholicisme social et de l'œuvre des dispensaires populaires parisiens. Elle co-fonde le Dispensaire de Plaisance dans le 14e arrondissement de Paris, qui offre des consultations gratuites aux ouvriers. À cette même époque, elle ouvre une Maison-École d'infirmières — école laïque qui forme des infirmières pour les dispensaires et les hôpitaux civils.

2. La construction d'une profession réglementée

2.1. Le décret du 27 juin 1922 : naissance du brevet d'infirmière

De 1900 à 1922, Chaptal milite pour la création d'un statut légal de l'infirmière française. Elle obtient le soutien politique de Georges Clemenceau (qui fut médecin avant d'être homme d'État), du sous-secrétaire d'État à la Santé Justin Godart, et de la Croix-Rouge française. Après la Première Guerre mondiale, l'expérience des infirmières bénévoles dans les hôpitaux militaires illustre publiquement la nécessité d'une formation structurée.

Le décret du 27 juin 1922, présenté par Justin Godart, crée le brevet de capacité d'infirmière de l'État français (Journal Officiel du 28 juin 1922 ; Légifrance, URL : www.legifrance.gouv.fr). Il fixe les conditions d'accès (âge minimum, certificat d'études primaires), la durée de formation, le programme des épreuves théoriques et pratiques. Il s'agit du texte fondateur de la profession infirmière française moderne.

2.2. La réforme de 1938 et le diplôme d'État

Le travail de Chaptal se prolonge au-delà de sa mort. Le décret du 18 février 1938 crée le diplôme d'État d'infirmière, qui remplace le brevet de 1922 et consolide la structure de formation (Légifrance, décret du 18 février 1938, URL : www.legifrance.gouv.fr). La durée augmente, des stages obligatoires sont intégrés (hôpital + santé publique), et le programme théorique est élargi. Cette réforme aboutit à l'édifice institutionnel qui structure encore en 2026 la formation des IDE et, par extension, des IBODE.

3. Le Conseil International des Infirmières et la place de la France

Entre 1922 et 1937, Léonie Chaptal représente la France au sein du Conseil International des Infirmières (CII ou ICN — International Council of Nurses), aux côtés des théoriciennes britanniques et américaines comme Ethel Bedford Fenwick et Lavinia Dock (ICN — International Council of Nurses, History and Mission, URL : www.icn.ch). Elle prend part aux travaux du Comité international d'étude des programmes d'enseignement infirmier, qui prépare les futurs standards internationaux de formation.

« L'infirmière moderne doit être une personne instruite, formée, dévouée, et qui a conscience de sa mission sociale autant que professionnelle. »

— Léonie Chaptal, intervention au congrès de l'ANIDEF (années 1920), citée par Magnon, R. (1991), Léonie Chaptal — Infirmière et travailleuse sociale.

4. Le catholicisme social et la dimension militante

Pour comprendre Léonie Chaptal, il faut situer son action dans le mouvement du catholicisme social de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Marquée par la doctrine sociale de l'Église (encyclique Rerum Novarum de Léon XIII en 1891), elle voit dans l'engagement social et infirmier une mission à la fois professionnelle et spirituelle. Elle s'inscrit dans la génération des « demoiselles catholiques sociales » qui, sans devenir religieuses, mettent leur fortune et leur énergie au service des malades et des ouvriers.

Cette posture a une conséquence importante : Chaptal milite pour une formation infirmière laïque et de qualité, qui puisse coexister avec les structures hospitalières traditionnellement tenues par les congrégations religieuses. Elle ne s'oppose pas aux religieuses (avec lesquelles elle entretient des relations cordiales), mais elle pose les bases d'un secteur laïc professionnel autonome. Cette laïcisation progressive, dans le contexte de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, accompagne la transformation des hôpitaux publics en services laïcs.

Elle œuvre également avec la Croix-Rouge française pour la formation des infirmières bénévoles pendant la Première Guerre mondiale. Cette expérience massive démontre la nécessité d'une formation structurée et d'un statut professionnel : le décret de 1922 en est l'aboutissement législatif.

5. Une influence durable sur le soin infirmier (chronologie)

  • Vers 1900 : fondation à Paris d'une Maison-École d'infirmières.
  • 1919 : participation à la fondation de l'Association Nationale des Infirmières Diplômées de l'État Français (ANIDEF).
  • 27 juin 1922 : promulgation du décret créant le brevet de capacité d'infirmière (Journal Officiel du 28 juin 1922).
  • 1922-1937 : représentation de la France au CII.
  • 1937 : décès à Paris.
  • 1938 : décret du 18 février créant le diplôme d'État d'infirmière — accomplissement posthume du combat.

En 2026, le DEI structure toujours l'accès à la profession infirmière française et constitue le prérequis du DEIBO (Légifrance, Arrêté du 27 avril 2022 relatif à la formation conduisant au DEIBO, URL : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045712085). Chaque IBODE est, par cette filiation, héritière directe de Léonie Chaptal.

6. L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)

Le DEI comme socle du DEIBO

L'arrêté du 27 avril 2022 relatif à la formation conduisant au DEIBO prévoit explicitement le DEI (ou un titre équivalent européen reconnu) comme prérequis d'inscription. La conditionnalité « DEI + sélection sur dossier et entretien » rappelle la logique posée par Chaptal : la formation infirmière structurée est le socle de toute spécialisation, sans aucune exception (Légifrance, Arrêté du 27 avril 2022, URL : www.legifrance.gouv.fr).

L'IFSI et l'universitarisation de la formation infirmière

Le passage des Écoles d'Infirmières aux Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) dans les années 1980, puis l'intégration au cursus universitaire LMD en 2009 (avec attribution du grade de licence au DEI), s'inscrivent dans la lignée du projet de Chaptal : faire de l'infirmière une professionnelle de niveau élevé, formée selon des standards universitaires (Légifrance, décret du 23 juillet 2009 sur le grade universitaire du DEI, URL : www.legifrance.gouv.fr). Le DEIBO 2022, situé au niveau Master (2 ans post-DEI), prolonge cette ambition.

L'Ordre National des Infirmiers et la représentation professionnelle

L'ANIDEF, association à laquelle Chaptal participe activement dès 1919, est l'une des ascendantes des organisations professionnelles infirmières françaises. L'Ordre National des Infirmiers, créé par la loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006, en est un héritier institutionnel (Légifrance, loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006 portant création d'un ordre national des infirmiers, URL : www.legifrance.gouv.fr).

La santé publique et la dimension sociale du soin

Chaptal a toujours articulé formation infirmière et action sociale (dispensaires de quartier, prévention, lutte contre la tuberculose). Cette double dimension reste pertinente pour l'IBODE de 2026 : prévention des infections du site opératoire, éducation thérapeutique pré-opératoire, accompagnement des patients vulnérables. Le décret n° 2024-954 du 17 octobre 2024 reconnaît la dimension de santé publique de la pratique IBODE (Légifrance, décret n° 2024-954 du 17 octobre 2024 relatif aux actes professionnels des IBODE, URL : www.legifrance.gouv.fr).

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