Virginia Apgar : le score qui sauve les nouveau-nés depuis 1952
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Virginia Apgar : le score qui sauve les nouveau-nés depuis 1952

12 mai 2026 8 min de lecture IBODE Academy

BIOGRAPHIE · ANESTHÉSIE OBSTÉTRICALE · 7 MIN DE LECTURE

Virginia Apgar : le score qui évalue le nouveau-né depuis 1953

Virginia Apgar (1909-1974), anesthésiste américaine, publie en 1953 dans Current Researches in Anesthesia and Analgesia une méthode simple d'évaluation du nouveau-né à la naissance : cinq paramètres notés de 0 à 2 (total sur 10), évalués à 1 et 5 minutes de vie. Le score d'Apgar reste, plus de soixante-dix ans après sa publication, le premier geste d'évaluation systématique de la vie extra-utérine — recommandé par l'American Academy of Pediatrics et l'ACOG (Apgar, Curr Res Anesth Analg, 1953, PMID : 13083014).

Une jeune femme déterminée à devenir chirurgienne (1909-1937)

Virginia Apgar naît le 7 juin 1909 à Westfield, New Jersey. Sa famille connaît plusieurs deuils dans l'enfance qui orientent durablement Virginia vers la médecine. Étudiante au Mount Holyoke College (Massachusetts), où elle obtient un BA en 1929, elle finance ses études comme bibliothécaire et joue dans l'orchestre du campus en tant que violoniste.

Admise à la Columbia University College of Physicians and Surgeons à New York au plus mauvais moment — l'année 1929 marque le début de la Grande Dépression — elle obtient son MD en 1933 (quatrième de sa promotion). Elle commence un internat de chirurgie à Columbia-Presbyterian Hospital sous la direction d'Allen Whipple, l'inventeur de la duodéno-pancréatectomie céphalique. Whipple, conscient qu'aucune femme n'a réussi à s'établir comme chirurgienne à New York dans le contexte économique de l'époque, la dissuade et l'oriente vers une spécialité émergente : l'anesthésie (Calmes, AANA Journal, 1984, biographie historique).

La fondation de l'anesthésie académique américaine (1937-1949)

Apgar suit en 1935-1937 une formation d'anesthésie auprès de Ralph Waters à Madison (Wisconsin) — pionnier de l'anesthésie universitaire aux États-Unis — puis auprès d'Emery Rovenstine au Bellevue Hospital de New York. En 1938, elle rentre à Columbia comme directrice de la nouvelle division d'anesthésie, qu'elle dirige jusqu'en 1949. C'est elle qui structure cette discipline encore considérée comme une activité subordonnée à l'université.

En 1949, l'anesthésie devient un département académique à part entière à Columbia. Apgar, qui a porté seule cette transition pendant onze ans, est cependant écartée du poste de chef de département — il revient à un homme. Elle est néanmoins promue full professor, devenant la première femme professeure titulaire de la Columbia University College of Physicians and Surgeons. Elle se reconvertit alors entièrement dans l'anesthésie obstétricale, un sous-domaine encore peu structuré qu'elle contribuera à façonner.

La naissance du score d'Apgar (1952-1953)

Au début des années 1950, la mortalité néonatale précoce reste élevée et l'évaluation systématique du nouveau-né à la naissance n'est pas codifiée. Le médecin évalue « à l'œil » si l'enfant a besoin d'une réanimation, sans grille standardisée. Or les pratiques anesthésiques obstétricales (chloroforme, éther, narcotiques) provoquent fréquemment des dépressions néonatales que personne ne sait diagnostiquer en quelques secondes.

Apgar présente en 1952 et publie en 1953 dans Current Researches in Anesthesia and Analgesia un système simple : cinq paramètres notés de 0 à 2, donnant un total sur 10, évalués à 1 puis à 5 minutes de vie (Apgar, Current Researches in Anesthesia and Analgesia, 1953, 32(4), p. 260-267, PMID : 13083014).

Les cinq paramètres

  1. Apparence (coloration de la peau) — 0 = bleue/pâle, 1 = corps rose extrémités cyanosées, 2 = entièrement rose.
  2. Pouls (fréquence cardiaque) — 0 = absente, 1 = inférieure à 100 bpm, 2 = supérieure à 100 bpm.
  3. Grimace (réactivité aux stimulations) — 0 = nulle, 1 = grimace, 2 = vigoureuse (cri, toux).
  4. Activité (tonus musculaire) — 0 = hypotonie, 1 = flexion modérée, 2 = mouvements actifs.
  5. Respiration (effort respiratoire) — 0 = absent, 1 = lent/irrégulier, 2 = cri vigoureux.

Validation à grande échelle

En 1958, Apgar publie avec Holaday, James et Weisbrot une seconde étude portant sur plus de 17 000 nouveau-nés, démontrant la valeur prédictive du score sur la survie néonatale précoce (Apgar et al., JAMA, 1958, 168(15), p. 1985-1988). Cette validation à grande échelle institue le score comme outil clinique de référence.

La reconnaissance et l'extension au monde entier (1953-1974)

Le score est rapidement adopté par les maternités américaines puis, dès la fin des années 1950, par les maternités européennes et asiatiques. À l'Organisation Mondiale de la Santé, il devient une variable de référence dans les statistiques de mortalité néonatale.

Apgar quitte Columbia en 1959 pour rejoindre la National Foundation–March of Dimes (devenue March of Dimes Foundation), où elle dirige jusqu'à sa mort la division des malformations congénitales. Elle obtient un Master of Public Health à Johns Hopkins en 1959 et popularise dans tout le pays, via conférences, brochures et émissions de radio, la prévention de la prématurité, la vaccination anti-rubéole et le dépistage néonatal (March of Dimes Foundation, Virginia Apgar biographical archives, White Plains NY). Elle meurt le 7 août 1974 à 65 ans, célibataire et sans enfant.

« Personne, mais alors personne, ne cessera de respirer en ma présence. »

— Virginia Apgar, citation rapportée par ses internes à Columbia, traduisant son extrême vigilance peropératoire. Source : Calmes, S. H., AANA Journal, 1984.

L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)

Le score d'Apgar est aujourd'hui codifié dans toutes les recommandations internationales : American Academy of Pediatrics (AAP), American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), OMS, Société Française de Néonatologie (SFN). Il est obligatoire en France à 1 et 5 minutes, complété d'un score à 10 minutes si nécessaire, et inscrit sur le dossier obstétrical et néonatal (ACOG-AAP Committee Opinion No. 644, Obstet Gynecol, 2015, réaffirmé 2020).

L'évaluation peropératoire codifiée

Le principe apgarien — une grille en cinq items, notation rapide, score global facile à mémoriser — irrigue de nombreux scores d'évaluation utilisés par l'équipe du bloc : score d'Aldrete en salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI), score de Mallampati en consultation pré-anesthésique, échelles BPS (Behavioral Pain Scale) et CPOT (Critical-Care Pain Observation Tool) pour la douleur du patient non communicant. La logique de standardisation est héritée d'Apgar.

La césarienne et l'urgence néonatale

Lors d'une césarienne, l'IBODE qui assiste le geste connaît les critères d'urgence définis par le code couleur. En cas de césarienne « code rouge » (menace vitale fœtale), le délai décision-naissance recommandé est rapide, l'objectif visant à préserver un Apgar à 1 minute satisfaisant (HAS, Recommandations sur la césarienne, URL : has-sante.fr).

La transmission interdisciplinaire

L'Apgar est le premier élément transmis du bloc obstétrical aux services de néonatologie. Cette transmission orale standardisée — le score chiffré et l'heure exacte — incarne en pratique le principe SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) recommandé par la HAS pour les transmissions inter-services. La pratique du handover structuré, devenue obligatoire au bloc dans le cadre de la check-list HAS, trouve dans le score d'Apgar son archétype (HAS, SBAR transmissions inter-équipes, URL : has-sante.fr).

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