La bonne molécule, à la bonne dose, au bon moment — l'arme la plus simple contre les ISO devenue la plus difficile à manier en temps de pénurie.
Publié 2018MAJ janvier 2024Lecture ~6 minFiche n° 06/15
L'antibioprophylaxie chirurgicale est l'intervention médicamenteuse la mieux validée pour la prévention des infections du site opératoire. Sa mise en œuvre paraît simple — une injection intraveineuse, une molécule, un horaire — mais l'expérience montre qu'aucune autre prescription ne souffre autant d'écarts entre la recommandation et la pratique. La SFAR a publié en 2018 un référentiel structuré par spécialité, actualisé en janvier 2024 pour intégrer les contraintes de pénurie d'antibiotiques. Pour l'IBODE, qui prépare, chronomètre et trace l'injection, ces règles ne sont ni du ressort exclusif du MAR ni du chirurgien : elles relèvent d'une vigilance partagée dont la moindre rupture annule l'efficacité du dispositif.
I.Cinq points essentiels
Ce que tout IBODE doit retenir
01
Timing — 30 minutes avant incision
Injection IV 30 minutes avant l'incision (60 min pour vancomycine et fluoroquinolones). Plus tôt = perte d'efficacité par décroissance plasmatique ; plus tard = couverture bactéricide insuffisante au moment du geste.
02
Céfazoline — molécule pivot
Céfazoline en première intention pour la majorité des chirurgies propres et propres-contaminées : orthopédie, vasculaire, viscéral. Alternatives en cas d'allergie vraie aux bêta-lactamines : clindamycine, vancomycine selon protocole.
03
Réinjection peropératoire
Réinjection à 4 heures après la première dose, ou si pertes sanguines supérieures à 1,5 L. Le chronomètre démarre dès l'incision, jamais dès l'induction anesthésique — distinction critique pour la traçabilité.
04
Posologie adaptée au poids
Céfazoline 2 g si IMC < 35 ; 3 g si IMC ≥ 35. Le sous-dosage chez le patient obèse est une cause documentée d'échec de l'antibioprophylaxie — vérification du poids systématique avant préparation.
05
MAJ 2024 — pénurie carbapénèmes
Protocoles d'épargne, alternatives validées par la CMI/CME, traçabilité renforcée des écarts. La pénurie ne justifie pas l'absence d'antibioprophylaxie — elle impose une décision documentée et collégiale.
II.Implications au bloc
Ce que ça change en pratique
IBODE Circulant
Préparation de l'antibiotique en salle, vérification molécule/dose/horaire avant injection.
Vérification du poids du patient au check-in et adaptation posologique selon protocole.
Chronométrage strict de l'injection et signalement de la réinjection à 4 heures.
IBODE Instrumentiste
Alerte immédiate en cas d'écart au bundle antibioprophylaxie de l'établissement.
Veille à la traçabilité écrite dose/horaire/réinjection dans le dossier patient.
Coordination avec le MAR sur les molécules disponibles en cas de tension d'approvisionnement.
IBODE Aide opératoire
Connaissance des posologies recommandées par type de chirurgie pratiquée.
Double-check de la molécule choisie selon le protocole d'établissement.
Gestion des stocks d'antibiotiques en salle et anticipation des ruptures.