Elisabeth Palmer : l'aide opératoire de la première cœlioscopie
Histoire et Mémoire IBODE

Elisabeth Palmer : l'aide opératoire de la première cœlioscopie

11 juillet 2026 9 min de lecture IBODE Academy

Histoire & Mémoire IBODE — Portrait

Elisabeth Palmer : l'aide opératoire de la première cœlioscopie

Paris, 1943. Dans une ville occupée, aux salles d'opération rationnées en tout, un gynécologue de l'hôpital Broca tente quelque chose que personne n'a fait avant lui : regarder dans un abdomen par une simple ponction, patiente en position de Trendelenburg. L'histoire a retenu son nom — Raoul Palmer — et donné son nom à un point de ponction que toute IBODE connaît. Elle a presque oublié la personne qui, de l'autre côté de la table, tenait l'instrumentation, changeait les ampoules et faisait tourner le bloc : son épouse et aide opératoire, Elisabeth Palmer. Sa voix ne nous est parvenue que par une cassette enregistrée en 1994. La voici.

Une assistante dans l'ombre de la rue de la Glacière

Ce que les sources disent d'Elisabeth Palmer tient en peu de mots, et c'est déjà une leçon : elle a assisté son mari tout au long de sa carrière à l'hôpital Broca, rue de la Glacière (Réseau Pro Santé, consulté 2026, URL : reseauprosante.fr). L'encyclopédie qui consacre un article entier à Raoul expédie son épouse en une ligne : « dans ses travaux, il fut soutenu par sa femme Elisabeth » (Wikipedia, consulté 2026, URL : en.wikipedia.org). Ni date de naissance, ni formation, ni parcours : les archives médicales du XXe siècle n'ont pas jugé utile de documenter celle qui assistait. Cette invisibilité-là, toutes les professions d'assistance chirurgicale l'ont connue — et c'est précisément pour cela que ce portrait existe.

Le contexte, lui, est bien documenté : Raoul Palmer (1904-1985), nommé chef des travaux de gynécologie à la faculté de médecine de Paris, exerce à Broca à partir des années 1930 (Réseau Pro Santé, consulté 2026, URL : reseauprosante.fr). C'est là, en 1943, qu'il entame ses essais de cœlioscopie transabdominale — « avec l'aide de sa femme Elisabeth », précise l'étude historique de référence (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov).

1943-1944 : opérer sous l'Occupation

Cinquante ans plus tard, interrogée par l'historien Grzegorz Litynski, Elisabeth Palmer racontera ces premières interventions avec une précision d'instrumentiste. Écoutez ce que dit ce témoignage — chaque IBODE y reconnaîtra son métier, à l'état brut :

« Une pile de lampe de poche (4,5 V) montée sur un rhéostat fournissait la source de lumière. Souvent, quand nous montions la lumière, les ampoules — grosses comme des grains de blé — claquaient, et il fallait ressortir l'optique de la cavité abdominale et changer l'ampoule à mains nues. On travaillait à l'époque sans gants stériles, en trempant les mains à répétition dans une solution alcoolique. » (Elisabeth Palmer, entretien du 26 octobre 1994, cité par Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov)

Tout y est : la gestion de la lumière, la panne de matériel en cours d'intervention, la reprise de l'optique, l'asepsie de fortune. Ce que nous appelons aujourd'hui maintenance des dispositifs, gestion des pannes per-opératoires et discipline d'asepsie était alors improvisé, à deux, dans un hôpital occupé. Le « nous » d'Elisabeth n'est pas une figure de style : c'est la description d'une équipe opératoire de deux personnes, où l'assistante fait à la fois l'instrumentation, la circulation et le biomédical.

1952, l'année qui « a tout changé pour nous »

Après-guerre, le couple s'attaque au vrai verrou de la cœlioscopie : la lumière. « L'année 1952 a tout changé pour nous ! », se souvient Elisabeth. « Nous passions plusieurs heures chaque semaine à l'institut d'optique et nous améliorions sans cesse les instruments » (Elisabeth Palmer, 1994, citée par Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Cette année-là, l'éclairage par tige de quartz transforme la discipline (Réseau Pro Santé, consulté 2026, URL : reseauprosante.fr) — et le témoignage d'Elisabeth documente ce que les publications scientifiques ne montrent jamais : les heures de banc d'essai, semaine après semaine, où l'on règle, teste et re-teste le matériel avant qu'il ne touche un patient.

Elle décrit aussi, sans nostalgie, les défauts des solutions intermédiaires : « L'ampoule (150 V) était brûlante, mais refroidie par une arrivée d'air froid, comme avec un aspirateur. Cet appareil, nommé Drapier, faisait tellement de bruit qu'on pouvait à peine se faire comprendre pendant la cœlioscopie » (Elisabeth Palmer, 1994, citée par Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Une équipe qui ne s'entend plus parler : le risque que cette phrase décrit est aujourd'hui un chapitre entier de la gestion des risques au bloc.

Des valises d'instruments sur trois continents

Dans les années 1950 et 1960, les Palmer partent enseigner la cœlioscopie à travers le monde — démonstrations opératoires à l'appui. La logistique repose largement sur Elisabeth : « Nous devions traîner nous-mêmes partout les instruments, emballés dans d'énormes valises, et elles étaient terriblement lourdes » (Elisabeth Palmer, 1994, citée par Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Le rayonnement est réel, parfois plus loin qu'au pays : « Mon mari était certainement bien plus connu en Amérique du Sud qu'en France », constatera-t-elle (même source). C'est dans ces valises — préparation, inventaire, transport, remontage du matériel dans des blocs inconnus — que se lit peut-être le mieux son métier : celui qui rend l'opération possible avant que le chirurgien n'entre en salle.

La gardienne de la mémoire

Raoul Palmer meurt en 1985 (Wikipedia, consulté 2026, URL : en.wikipedia.org). Si nous connaissons aujourd'hui le détail de ses premières cœlioscopies, c'est en grande partie grâce à Elisabeth : le 26 octobre 1994, elle accorde à Grzegorz Litynski l'entretien enregistré qui irrigue toute l'historiographie de la discipline, et lui confie le curriculum vitae et le résumé des publications de son mari, restés non publiés (Litynski, JSLS, 1997 — références 1, 5, 6, 11 et 12 de l'article, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Après avoir assisté les gestes, elle en a sauvé le récit. Les historiens de la chirurgie citent la source « Palmer E. » — l'aide opératoire est devenue, in fine, l'archive.

Ce que l'IBODE de 2026 lui doit

La fonction qu'Elisabeth Palmer exerçait sans titre est aujourd'hui l'une des trois fonctions reconnues de l'IBODE au bloc opératoire — circulante, instrumentiste, aide opératoire — et l'aide à l'exposition, à l'hémostase et à l'aspiration figure parmi les actes que l'article R. 4311-11-1 du code de la santé publique réserve à l'IBODE (Ministère de la Santé, actes exclusifs IBODE, consulté 2026, URL : sante.gouv.fr). Ce que son témoignage documente, poste par poste, ressemble à s'y méprendre à un référentiel actuel : gestion de la lumière et des dispositifs en per-opératoire, conduite à tenir en cas de panne, exigence d'asepsie même quand les moyens manquent, essais du matériel avant usage clinique, communication d'équipe dans un environnement bruyant, logistique et traçabilité des instruments en mission.

Et il y a l'autre leçon, celle qui dépasse la technique : des décennies durant, l'histoire de la cœlioscopie s'est écrite en ne nommant qu'une personne sur deux présentes à la table. Les sources ne nous donnent ni les dates d'Elisabeth Palmer, ni sa formation — seulement son travail et sa parole. À toutes celles et ceux dont le nom n'apparaît pas dans les comptes rendus opératoires qu'ils ont rendus possibles, ce portrait est aussi dédié.

À retenir
  • Elisabeth Palmer a assisté son mari Raoul Palmer tout au long de sa carrière à l'hôpital Broca, dont les premières cœlioscopies gynécologiques modernes, à partir de 1943, dans Paris occupé.
  • Son témoignage de 1994 décrit l'aide opératoire à l'état brut : lumière sur pile 4,5 V et rhéostat, ampoules changées à mains nues trempées dans l'alcool, avant l'ère des gants stériles systématiques.
  • « L'année 1952 a tout changé pour nous » : elle participait chaque semaine à la mise au point des instruments à l'institut d'optique.
  • Elle a porté la cœlioscopie sur trois continents — littéralement : d'« énormes valises » d'instruments, « terriblement lourdes », lors des tournées de démonstration.
  • En 1994, son entretien et les archives qu'elle a confiées à l'historien Litynski ont sauvé la mémoire précise des débuts de la discipline : sans l'aide opératoire, ni l'opération ni son histoire.

Sources

  1. Litynski, G. S. (1997). Raoul Palmer, World War II, and Transabdominal Coelioscopy. Laparoscopy Extends into Gynecology. JSLS, 1(3), 289-292. PMID : 9876691. URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov — contient l'entretien d'Elisabeth Palmer (enregistrement du 26 octobre 1994) et les archives qu'elle a transmises.
  2. Litynski, G. S. (1996). Highlights in the History of Laparoscopy. Frankfurt : Barbara Bernert Verlag — ouvrage source des photographies et entretiens du couple Palmer.
  3. Réseau Pro Santé (s.d.). De jadis à naguère : Palmer au centre de la cœlioscopie. URL : reseauprosante.fr
  4. Wikipedia (consulté 2026). Raoul Palmer. URL : en.wikipedia.org
  5. Ministère de la Santé (consulté 2026). Infirmiers de bloc opératoire (IBODE) : le point sur les actes exclusifs (article R. 4311-11-1 CSP ; dispositif transitoire : décret n° 2024-954 du 23 octobre 2024). URL : sante.gouv.fr

Pour aller plus loin

Image d’illustration : portrait d’Elisabeth Palmer — création IBODE Academy d’après les photographies d’époque (peinture générée par IA, aucune photographie libre de droits n’existant). Les dates de naissance et de décès d’Elisabeth Palmer ne sont pas documentées dans les sources accessibles.

Rappel : IBODE Academy est une plateforme de révision non certifiante — un complément pédagogique à votre formation. Les informations historiques de cet article sont sourcées ; elles ne remplacent ni les référentiels officiels ni les protocoles de votre établissement.

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