Histoire & Mémoire IBODE — Portrait
Raoul Palmer (1904-1985) : le Parisien qui inventa le point que toute IBODE connaît
Un Suédois de Paris, chirurgien de la stérilité
Raoul Albert Charles Palmer naît à Paris le 29 août 1904 et y meurt le 5 juillet 1985 (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org). Ses parents, Fritjof Palmer et Signe née Garling, sont originaires de Göteborg, en Suède : d'où ce patronyme scandinave planté au cœur de la gynécologie française (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org).
Formé comme gynécologue, il prend en 1934 la tête de la recherche gynécologique à la Faculté de médecine de Paris (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org). Son terrain, c'est l'hôpital Broca, où il travaille sur la grande hantise de l'époque : la stérilité féminine, souvent liée aux séquelles tuberculeuses et aux adhérences pelviennes (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Pour voir les trompes et les ovaires sans grande incision, il lui faut une méthode nouvelle. Il va la fabriquer, littéralement, de ses mains.
1943 : une cœlioscopie née sous l'Occupation
C'est en 1943, dans le Paris occupé, que Palmer tente ses premières cœlioscopies, épaulé par sa femme Elisabeth, elle-même médecin (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Les pénuries sont telles que la plupart des fabricants d'instruments ont fermé ou sont prisonniers de guerre : Palmer construit lui-même son matériel (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org). Pour trouver du gaz, il charge ses cartouches vides sur un vélo, roule plusieurs kilomètres jusqu'à la campagne pour les faire remplir, puis regagne Broca avant le couvre-feu militaire (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov).
L'instrument des débuts n'a rien d'un cœlioscope moderne : un cysto-scope de McCarthy, éclairé par une simple pile de lampe de poche de 4,5 volts (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Avec ces moyens de fortune, Palmer comprend l'essentiel : pour explorer le pelvis par voie transabdominale, il faut créer et maîtriser un pneumopéritoine. En 1944, il opère déjà en position de Trendelenburg, la bascule tête en bas qui dégage le petit bassin en repoussant les anses intestinales (Alkatout et coll., Front. Surg., 2021, URL : frontiersin.org). Son premier grand rapport porte sur 250 « cœlioscopies gynécologiques » (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org), et son premier article de l'après-guerre paraît en 1947 (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov).
Dompter le gaz : la pression, obsession de Palmer
Là où Palmer devient un ancêtre direct de la pratique IBODE, c'est dans sa rigueur sur l'insufflation. Il pose des règles de sécurité qui semblent écrites pour une check-list de bloc : ne pas dépasser 25 mm Hg de pression, et limiter la vitesse d'insufflation à 400-500 cm³ par minute (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Autrement dit : un gaz introduit lentement, sous contrôle, jamais en force.
Toute IBODE reconnaît là le geste qu'elle surveille aujourd'hui à l'insufflateur : montée progressive du pneumopéritoine, alarme si la pression grimpe, débit maîtrisé pour éviter le retentissement hémodynamique et respiratoire. Quatre-vingts ans plus tard, l'insufflateur électronique affiche des chiffres — la pression cible, le débit, le volume — que Palmer réglait à la main sur des cartouches rapportées à vélo. Le principe, lui, n'a pas bougé.
Le point de Palmer, l'hypochondre gauche
Reste la question qui hante encore les installations cœlio : par où entrer sans blesser ? Palmer répond dès les années 1940 en décrivant un site d'insufflation dans l'hypochondre gauche, resté célèbre sous le nom de point de Palmer : environ 2 à 3 cm sous le rebord costal gauche, sur la ligne médio-claviculaire (Mishra, World Laparoscopy Hospital, 2026, URL : laparoscopyhospital.com).
Son raisonnement tient toujours : les adhérences viscéro-pariétales y sont rares, et la paroi, tendue sur la cage thoracique rigide, offre une aiguille de Veress bien plus contrôlable qu'au voisinage de l'ombilic (Mishra, World Laparoscopy Hospital, 2026, URL : laparoscopyhospital.com). C'est pourquoi le point de Palmer reste aujourd'hui l'abord de recours en cas d'antécédent de laparotomie médiane, de suspicion d'adhérences périombilicales ou après échec d'entrée à l'ombilic (Aust et coll., Gynecol. Surg., 2010, URL : link.springer.com). Une réserve de sécurité s'y attache d'emblée : vérifier l'absence d'hépato-splénomégalie et vidanger l'estomac par sonde gastrique avant de piquer (Mishra, World Laparoscopy Hospital, 2026, URL : laparoscopyhospital.com).
De la lumière, un film et une école mondiale
Palmer sait que sa méthode restera confidentielle tant qu'on n'y verra rien. Le tournant vient de l'éclairage. En 1952, il adopte l'anesthésie générale et une illumination proximale bien plus puissante (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org). L'historien Litynski rapporte cette formule qui résume sa carrière :
« La cœlioscopie n'est devenue une méthode praticable que lorsque l'éclairage est devenu cent fois plus puissant. » — propos de Raoul Palmer rapportés par l'historien de la chirurgie (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
Le reste s'enchaîne. En 1949, il décrit les contractions utérines visibles à 6-8 semaines de grossesse, un signe qui portera son nom (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org). En 1955, il tourne le premier film couleur de cœlioscopie, en 8 mm (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). Surtout, il fait basculer la cœlioscopie du diagnostic vers le geste : en 1961, il est le premier à prélever un ovocyte humain par voie cœlioscopique, puis réalise dès 1962 des coagulations tubaires — les prémices de la stérilisation et, plus loin, de la fécondation in vitro (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org).
La reconnaissance suit. Membre honoraire de la Royal Society of Medicine en 1958, président de la Société française de gynécologie en 1962, il dirige la Société internationale d'endoscopie de 1969 à 1972 et devient Fellow du Royal College of Obstetricians and Gynaecologists en 1974 (Litynski, JSLS, 1997, URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov). De son « École Palmer » sortent ou passent les grands noms de l'endoscopie : Hans Frangenheim, Kurt Semm, Patrick Steptoe — ce dernier futur père, avec Robert Edwards, du premier bébé issu d'une FIV (Wikipedia, 2026, URL : en.wikipedia.org).
Ce que l'IBODE de 2026 lui doit
Au bloc, l'héritage de Palmer est physique, presque quotidien. Quand la circulante prépare l'insufflateur et que l'IBODE instrumentiste vérifie la pression cible et le débit, elle applique la discipline du gaz que Palmer a codifiée sous l'Occupation. Quand l'opérateur choisit l'hypochondre gauche parce que l'ombilic est hostile, c'est le point de Palmer qu'il pique — un repère anatomique devenu nom commun.
La comparaison open cœlio vs aiguille de Veress au point de Palmer, que l'IBODE connaît pour préparer l'installation, prolonge exactement son intuition : sécuriser l'entrée en fonction de la paroi et des antécédents. Trendelenburg, pneumopéritoine contrôlé, abord alternatif documenté : trois réflexes d'installation cœlioscopique que l'on croit modernes et qui, pour l'essentiel, remontent à un gynécologue parisien travaillant à la lampe de poche. Connaître Palmer, c'est comprendre pourquoi l'on surveille la pression et pourquoi ce point sous les côtes gauches porte un nom.
- Raoul Palmer (1904-1985), gynécologue parisien, est le père de la cœlioscopie gynécologique moderne.
- Ses premières cœlioscopies datent de 1943, sous l'Occupation, avec des instruments qu'il fabriquait lui-même.
- Il fixe des règles d'insufflation encore parlantes : pression < 25 mm Hg, débit 400-500 cm³/min, position de Trendelenburg.
- Le « point de Palmer » (hypochondre gauche, sous le rebord costal) reste l'abord de recours quand l'ombilic est contre-indiqué.
- Son école mondiale relie la cœlioscopie diagnostique aux débuts de la chirurgie opératoire et de la FIV.
Sources
- Litynski G.S. (1997). Raoul Palmer, World War II, and Transabdominal Coelioscopy. Laparoscopy Extends into Gynecology. JSLS (Journal of the Society of Laparoendoscopic Surgeons), 1(3):289-292. PMID 9876691. URL : pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Wikipedia (2026). Raoul Palmer. URL : en.wikipedia.org
- Madelenat P., Chene G. (2024). Comment faisait Palmer… Raoul Palmer et l'odyssée cœlioscopique. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 52(6):428-431. DOI 10.1016/j.gofs.2024.02.004. URL : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Alkatout I., Mechler U., Mettler L. et coll. (2021). The Development of Laparoscopy — A Historical Overview. Frontiers in Surgery, 8:799442. DOI 10.3389/fsurg.2021.799442. URL : frontiersin.org
- Aust T.R., Kayani S.I., Rowlands D.J. (2010). Direct optical entry through Palmer's point: a new technique for those at risk of entry-related trauma at laparoscopy. Gynecological Surgery, 7:315-317. DOI 10.1007/s10397-009-0500-8. URL : link.springer.com
- Mishra R.K. (2026). Laparoscopic Palmer's Access Technique. World Laparoscopy Hospital. URL : laparoscopyhospital.com
- Society of Laparoscopic & Robotic Surgeons. Nezhat's History of Endoscopy, Chapter 17. URL : sls.org
- Litynski G.S. (1997). Raoul Palmer, World War II, and transabdominal coelioscopy. Laparoscopy extends into gynecology. PubMed, PMID 9876691. URL : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- The Development of Laparoscopy — A Historical Overview (2021). PubMed, PMID 34977146. URL : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Wikidata (2026). Raoul Palmer (Q22007302). URL : wikidata.org
Pour aller plus loin
Image d’illustration : portrait de Raoul Palmer — création IBODE Academy d’après les photographies d’époque (peinture générée par IA).
📥 Le guide « Bienvenue au bloc » (46 p.) + la fiche mémo « Ambiances du bloc » — gratuits
Repères d’hygiène, instrumentation, installation patient, NF S90-351… l’essentiel pour préparer son entrée au bloc opératoire, envoyé par email en PDF.