BIOGRAPHIE · HISTOIRE DE LA RADIOLOGIE · 8 MIN DE LECTURE
Wilhelm Röntgen (1845-1923) : découverte des rayons X et premier Nobel de physique
Wilhelm Conrad Röntgen, physicien allemand, découvre le 8 novembre 1895 à Würzburg un rayonnement électromagnétique inconnu qu'il nomme « rayons X ». Sa publication du 28 décembre 1895 et la radiographie de la main de son épouse Anna Bertha Ludwig inaugurent la radiologie médicale moderne. Il reçoit en 1901 le tout premier prix Nobel de physique de l'histoire (Nobel Foundation, Prix Nobel de physique 1901, URL : nobelprize.org/prizes/physics/1901).
Une formation académique chaotique avant la consécration de Würzburg
Wilhelm Conrad Röntgen naît le 27 mars 1845 à Lennep (province de Rhénanie, Prusse). Son père Friedrich Conrad est marchand drapier ; sa mère Charlotte Constanze Frowein est néerlandaise. En 1848, la famille s'installe à Apeldoorn aux Pays-Bas. Le jeune Wilhelm est expulsé en 1862 de l'École technique d'Utrecht pour avoir refusé de dénoncer un camarade auteur d'une caricature de l'un de ses professeurs. Sans diplôme secondaire, il ne peut accéder à l'université néerlandaise.
Il s'inscrit en 1865 à l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), qui n'exige pas le diplôme secondaire allemand. Il y obtient en 1868 un diplôme d'ingénieur mécanicien, puis en 1869 un doctorat de physique sous la direction d'August Kundt. Il suit ensuite Kundt comme assistant à Würzburg (1870), Strasbourg (1872), avant de devenir professeur à Hohenheim, Giessen (1879), puis titulaire de la chaire de physique à l'Université de Würzburg en 1888 (Deutsches Röntgen-Museum, Remscheid-Lennep, URL : roentgenmuseum.de).
La découverte du 8 novembre 1895 : une fluorescence verdâtre
À l'automne 1895, Röntgen étudie les rayons cathodiques émis par les tubes de Crookes — tubes en verre sous vide partiel dans lesquels un courant à haute tension fait fluorescer les parois. Pour mieux observer le phénomène, il enveloppe son tube d'un carton noir épais qui occulte toute lumière visible. Dans une pièce voisine obscurcie, il constate, le soir du 8 novembre 1895, qu'un écran enduit de baryum platinocyanuré déposé à proximité émet une lueur verdâtre — alors qu'aucune lumière ne peut le frapper directement.
Six semaines d'investigation systématique
Röntgen comprend immédiatement qu'il observe un rayonnement inconnu, capable de traverser le carton, le bois et certains métaux peu denses, mais arrêté par le plomb et par les tissus mous denses. Il s'enferme dans son laboratoire pendant six semaines, soumettant à l'expérience des cartes à jouer, des feuilles d'aluminium, des plaques photographiques. Le 22 décembre 1895, il fait poser à son épouse Anna Bertha Ludwig sa main gauche pendant un long temps d'exposition sur une plaque photographique : la radiographie révèle les os métacarpiens et phalangiens, ainsi que son alliance. C'est la première radiographie d'un être humain.
La publication princeps du 28 décembre 1895
Röntgen rédige son article fondateur Über eine neue Art von Strahlen (« À propos d'une nouvelle sorte de rayons ») et le soumet à la Société physico-médicale de Würzburg le 28 décembre 1895 (Röntgen, Sitzungsberichte der Würzburger Physikalisch-medizinischen Gesellschaft, 1895, vol. 137, p. 132-141). Il nomme le rayonnement « rayons X » en référence à l'inconnue mathématique. La traduction anglaise paraît dans Nature dès le 23 janvier 1896 (Röntgen, Nature, 1896, 53, p. 274-276).
Une diffusion fulgurante et les premières applications médicales
La nouvelle se propage à une vitesse inédite pour une découverte scientifique. Le 13 janvier 1896, Röntgen présente personnellement sa découverte au Kaiser Wilhelm II à Berlin. Dès janvier-février 1896, des médecins du monde entier construisent leurs propres tubes de Crookes et réalisent les premières radiographies cliniques.
Premières applications chirurgicales
Dès janvier 1896, des dentistes et chirurgiens européens et nord-américains utilisent les rayons X pour localiser des corps étrangers (balles, aiguilles, fragments) in vivo. Le 11 février 1896, Antoine Béclère installe à Paris le premier service de radiologie hospitalière française (voir notre portrait dédié). La guerre italo-éthiopienne devient en 1896 le premier conflit où les rayons X sont utilisés pour le diagnostic des blessures de guerre (Mould, Phys Med Biol, 1995, PMID : 8587931).
Refus de brevet, refus de fortune
Conformément à sa philosophie scientifique, Röntgen refuse de breveter sa découverte. Il refuse également d'accepter un titre nobiliaire (von Röntgen) proposé par le prince régent de Bavière. Il fait don d'une partie de son prix Nobel à l'Université de Würzburg en 1901 (Nobel Foundation, Prix Nobel de physique 1901, URL : nobelprize.org/prizes/physics/1901). Cette éthique du bien commun scientifique inspirera Marie Curie quelques années plus tard pour le radium.
« Je n'ai pas pensé, j'ai cherché. »
Une influence durable sur l'imagerie médicale
1895 (8 nov.) — Découverte des rayons X. 1895 (28 déc.) — Publication princeps à Würzburg. 1896 — Premières applications médicales mondiales. 1901 — Premier prix Nobel de physique. 1913 — William Coolidge développe le tube à cathode chaude (tube Coolidge), qui supplante le tube de Crookes et permet une utilisation clinique sécurisée. 1948 — Amplificateur de brillance par tube à intensification d'image. 1972 — Sir Godfrey Hounsfield et Allan Cormack inventent le scanner X (Nobel 1979). 1980-2000 — Numérisation totale de la radiologie (CR puis DR). 2010-2025 — Tomosynthèse, imagerie spectrale double énergie, scanner à comptage photonique.
L'héritage contemporain pour l'IBODE (2026)
L'imagerie aux rayons X structure aujourd'hui une part majeure de la pratique IBODE. Plusieurs blocs spécialisés sont entièrement organisés autour de l'imagerie peropératoire :
Amplificateur de brillance en orthopédie et traumatologie
L'amplificateur de brillance est l'outil quotidien du bloc d'orthopédie et de traumatologie. L'IBODE est responsable du positionnement de l'arceau, du contrôle de la table radiotransparente, de la traçabilité de la dose patient (produit dose-surface PDS, kerma à l'entrée) et du respect des règles de radioprotection des opérateurs. La fluoroscopie peropératoire pour clouage centro-médullaire, vissage transverse, mise en place de prothèse de hanche ou de genou est devenue le standard (SFR, Recommandations radioprotection peropératoire, URL : radiologie.fr).
Salle hybride et radiologie interventionnelle
Depuis les années 2010, les salles hybrides combinent une imagerie rotationnelle de type cone-beam CT et un bloc opératoire stérile. Elles permettent la chirurgie endovasculaire (endoprothèses aortiques EVAR/TEVAR ; TAVI ; embolisations) en un seul temps. L'IBODE doit maîtriser l'environnement spécifique : préparation, drapages compatibles, gestion de l'iode injecté, surveillance de la fonction rénale péri-procédure (HAS, Pertinence des actes d'imagerie, 2023, URL : has-sante.fr).
Cholangiographie peropératoire et chirurgie hépatobiliaire
En chirurgie digestive, la cholangiographie peropératoire (CPO) lors d'une cholécystectomie laparoscopique permet de cartographier les voies biliaires et de détecter les anomalies anatomiques (variantes de Couinaud) ou les calculs résiduels. L'IBODE prépare le cathéter, l'iode hydrosoluble, et coordonne avec le manipulateur d'électroradiologie médicale (MERM).
Radioprotection : héritage tragique des pionniers
L'histoire des pionniers de la radiologie est marquée par les nécroses cutanées, les ostéosarcomes et les leucémies. À Hambourg, le mémorial des « martyrs de la radiologie » inauguré en 1936 honore plusieurs centaines de noms de médecins et techniciens morts d'irradiation. L'IBODE de 2026, équipée de son dosimètre opérationnel et passif, formée à la personne compétente en radioprotection (PCR) renouvelée tous les trois ans (Code du travail, articles R. 4451-1 et suivants, Légifrance, URL : legifrance.gouv.fr), héritière des limites ALARA, perpétue la mémoire de cette histoire tragique. Les limites de dose annuelles sont fixées à 20 mSv corps entier et 500 mSv extrémités.