Anaphylaxie aux agents anesthesiques
Anaphylaxie aux agents anesthésiques
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Anaphylaxie aux agents anesthésiques
Anesthésie et Pharmacologie
Anaphylaxie aux agents anesthésiques
Choc anaphylactique peropératoire : agents en cause, physiopathologie et conduite d'urgence
📌 Cette leçon en 3 points
- Comprendre les principes fondamentaux — Anaphylaxie aux agents anesthésiques
- Connaître le rôle spécifique de l'IBODE dans cette prise en charge
- Appliquer les bonnes pratiques et protocoles au bloc opératoire
- Je connais les trois agents les plus anaphylactogènes en peropératoire
- Je connais la classification de Ring et Messmer
- Je sais quel est le traitement de 1ère ligne
- Je connais le bilan post-anaphylaxie obligatoire
- Je sais identifier un patient à risque latex
- Je connais le rôle de l'IBODE face à une réaction anaphylactique
Definition et physiopathologie
L'anaphylaxie peropératoire est une réaction d'hypersensibilité immédiate, systémique et severe, mettant en jeu le pronostic vital. Elle relève de deux mécanismes : la voie IgE-médiée (type I de Gell et Coombs) avec sensibilisation préalable, dont la réexposition déclenche une dégranulation explosive des mastocytes et basophiles ; et la voie non-IgE-médiée par activation directe du complément (anaphylatoxines C3a/C5a) ou dégranulation pharmacologique non immunologique (ex. vancomycine, atracurium a forte dose). Les médiateurs libérés (histamine, tryptase, leucotrienes, prostaglandines, PAF) provoquent vasodilatation massive, hyperperméabilité capillaire, bronchoconstriction et chronotropisme. L'incidence en France est estimée a 1/10 000 a 1/20 000 anesthésies selon les enquetes du réseau GERAP, avec une mortalité de 3 a 9 %.
Agents responsables et epidemiologie
La distribution des agents incriminés au bloc opératoire-anesthésique est stable depuis trois décennies : curares 60 % (suxaméthonium > rocuronium > atracurium, avec une réactivité croisee fréquente liée aux ions ammonium quaternaires), latex 15-20 % en nette décroissance grâce aux blocs latex-free (gants, sondes urinaires, garrots, drains), antibiotiques 15 % (bêta-lactamines de l'antibioprophylaxie chirurgicale au premier rang, vancomycine avec son syndrome de l'homme rouge non-IgE), antiseptiques (chlorhexidine, surtout sur les muqueuses et cathéters centraux, allergène sous-estimé), colloïdes (gélatines Géloplasma, HEA Voluven), produits de contraste iodés et bleu patenté. La sensibilisation au pholcodine (antitussif) reste un facteur de risque débattu pour l'allergie aux curares.
Classification de Ring et Messmer et diagnostic
La classification Ring & Messmer (1977) stratifie la sévérité : G1 signes cutanéo-muqueux isoles (érythème, urticaire, œdème) ; G2 atteinte multisystémique sans menace vitale (hypotension modérée, tachycardie, toux, dyspnée) ; G3 menace vitale (collapsus, bronchospasme sévère, troubles du rythme) ; G4 arrêt cardio-circulatoire. Le diagnostic peropératoire est clinique : collapsus brutal sans cause hémodynamique évidente, désaturation, augmentation des pressions d'insufflation, érythème hémorragique génique ou occultes sous champs, œdème de Quincke. Le diagnostic biologique repose sur le dosage de la tryptase sérique aux temps T30 min, T2 h et T24 h (pic à 1-2 h, sensibilité ~85 %, spécificité >95 % pour le grade III-IV) et l'histaminémie précoce. Le bilan allergologique différé a 4-6 semaines (centre de référence GERAP-CICBAA) comprend prick-tests, IDR, dosage des IgE spécifiques (RAST) et test d'activation des basophiles, indispensable pour la consultation pré-anesthésique ultérieure.
Conduite à tenir en urgence (SFAR RFE 2024)
L'algorithme SFAR impose : (1) alerte HELP et arrêt immédiat de l'agent suspect ; (2) adrenaline IV en titration selon le grade : G2 = 10-20 µg, G3 = 100-200 µg, G4 = 1 mg toutes les 1 à 2 min jusqu'à reprise (la voie IM n'est pas recommandée en peropératoire car la voie IV est en place) ; (3) remplissage vasculaire par cristalloïdes 10-30 mL/kg en bolus, puis vasopresseurs si réfractaire (noradrénaline, vasopressine, bleu de méthylène 1,5 mg/kg si choc resistant) ; (4) oxygenation FiO₂ 100 %, intubation si non déjà en place ; (5) bronchodilatateurs beta2 mimetiques inhalés, sulfate de magnesium 2 g IV, salbutamol IV si bronchospasme réfractaire ; (6) corticoides methylprednisolone 1-2 mg/kg IV (sans effet en aiguë, prevention de la réaction biphasique à 24 h) ; (7) report de la chirurgie programmée. Tout épisode impose une déclaration ANSM et une orientation vers un centre allergologie-anesthésie.
Le chariot d'anesthésie doit comporter en permanence : adrenaline 1 mg/mL prête à la dilution (1 mg dans 10 mL = 100 µg/mL), atropine, salbutamol, methylprednisolone, antihistaminiques, cristalloides 1-2 L et tubes secs pour tryptase. Verification quotidienne par le circulant·e lors de l'ouverture de salle.
Implications IBODE — pratique au bloc
Circulant : recueille à l'accueil les antécédents allergiques (terrain atopique, allergie au latex, fruits exotiques signalant une réactivité croisée), vérifie la disponibilite et la péremption du kit anaphylaxie, prepare une salle latex-free si patient a risque (gants nitrile, sondes silicone, garrots sans latex), assure la traçabilité des produits administres dans le dossier patient (lot, péremption, heure), participe au prélèvement de tryptase aux trois temps en cas d'episode, déclare l'événement a l'ANSM via le portail signalement-sante.gouv.fr et contribue au REX en CREX/RMM.
Instrumentiste : garantit l'intégrité de la chaîne latex-free sur la table operatoire (drapage, fils de suture, sondes, drains), anticipe le matériel d'urgence (voie veineuse de gros calibre, masque à haute concentration, matériel d'intubation difficile), connaît l'emplacement du chariot d'urgence et reste disponible pour relayer le circulant en cas de détresse.
Aide operatoire : dans le cadre de l'arrêté du 27 avril 2022 (compétences C2-C4) actualisé par la loi n° 2025-581 et le décret n° 2025-1306, peut administrer des médicaments sous protocole supervisé et participer au remplissage vasculaire ; applique systématiquement la procédure de double check pour l’adrénaline et les vasopresseurs ; assure la transmission ciblee a la SSPI sur la nature de l'episode.
Ne jamais confondre une hypotension d’induction banale avec une anaphylaxie débutante : devant tout collapsus inexplique apres injection de curare ou antibiotique, évoquer le diagnostic et prélever la tryptase, même si le tableau s'améLire rapidement.
Référentiels
- SFAR — RFE Reactions d'hypersensibilité immediate périopératoires, 2014 actualisation 2024 (sfar.org).
- Réseau GERAP-CICBAA — Groupe d'Études des Réactions Anaphylactoïdes périanesthésiques.
- Ring J., Messmer K. — Incidence and severity of anaphylactoid reactions to colloid volume substitutes, *The Lancet* 1977.
- EAACI — Guidelines on Anaphylaxis, 2014 et mise à jour 2021.
- ANSM — Portail de signalement des événements sanitaires indésirables.
- Legifrance — Arrêté du 27 avril 2022 relatif à la formation IBODE (compétences C1, C2, C4) ; Loi n°2025-581 ; Décret n°2025-1306 ; Décret n°2024-954.
🧠 Flashcards de révision
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📚 Pour aller plus loin.
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