HISTOIRE DE LA CHIRURGIE · MAI 2026 · 9 MIN DE LECTURE
Ambroise Paré : la ligature artérielle (1552) et la naissance de la chirurgie française moderne
Lorsqu'un IBODE prépare un plateau d'hémostase pour une plaie traumatique, il prolonge un geste codifié au XVIᵉ siècle par un barbier-chirurgien français qui a substitué la ligature des vaisseaux à la cautérisation au fer rouge, fondant ainsi l'hémostase chirurgicale moderne (BnF Gallica, blog éditorial « Ambroise Paré : maître barbier-chirurgien », URL : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/ambroise-pare-maitre-barbier-chirurgien).
Origine et contexte historique
Ambroise Paré (vers 1510 – 1590), originaire de Bourg-Hersent près de Laval (Mayenne), commence sa formation comme apprenti barbier puis devient compagnon barbier-chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Paris au début des années 1530. À cette époque, la chirurgie est dissociée de la médecine universitaire scolastique et se transmet par compagnonnage (BnF Gallica, blog éditorial « Ambroise Paré : maître barbier-chirurgien », URL : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/ambroise-pare-maitre-barbier-chirurgien).
Devenu maître barbier-chirurgien, il sert comme chirurgien militaire pendant plusieurs campagnes du règne de François Iᵉʳ, puis comme chirurgien des rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III. C'est ce parcours militaire — confronté à grande échelle aux plaies par armes à feu — qui le conduit à reformuler en pratique deux fondamentaux chirurgicaux : le traitement des plaies et l'hémostase après amputation.
Le traitement des plaies par armes à feu (1537)
Lors d'une campagne militaire, alors confronté à un afflux de blessés par arquebuse, Paré se trouve à court d'huile bouillante — traitement standard de l'époque hérité de Giovanni da Vigo (1514), fondé sur l'hypothèse que la poudre rendait les plaies vénéneuses. Il improvise un baume à base de jaune d'œuf, d'huile rosat et de térébenthine et observe le lendemain que ses blessés ainsi traités vont mieux que ceux cautérisés à l'huile bouillante (BnF Gallica, blog éditorial « Ambroise Paré : maître barbier-chirurgien », URL : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/ambroise-pare-maitre-barbier-chirurgien).
Il publie cette observation dans un opuscule en français — La Méthode de traicter les playes faictes par hacquebutes et autres bastons à feu (Paris, 1545) — premier traité français de chirurgie de guerre dont des éditions ultérieures sont consultables sur Gallica (BnF Gallica, fiche d'œuvre, URL : https://gallica.bnf.fr).
La ligature artérielle (1552)
La pratique traditionnelle des amputations consistait à cautériser le moignon au fer rouge pour stopper l'hémorragie — méthode douloureuse et porteuse de complications nécrotiques. Lors du siège de Damvillers (Lorraine), en 1552, Paré met en application sur des moignons d'amputation la technique de ligature directe des vaisseaux par fil, substituée à la cautérisation thermique (BnF Gallica, blog éditorial « Ambroise Paré : maître barbier-chirurgien », URL : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/ambroise-pare-maitre-barbier-chirurgien).
La technique est décrite plus systématiquement dans son ouvrage Dix Livres de la Chirurgie (Paris, 1564), dont la BnF conserve l'édition princeps. Cette méthode constitue la fondation de toute l'hémostase chirurgicale moderne et précède de plus de trois siècles les développements de Joseph Lister (antisepsie au phénol, 1867) et de Joseph Péan (pince hémostatique).
« Je le pansay, Dieu le guarist. »
Une œuvre encyclopédique en français (1564-1585)
En 1564, Paré publie ses Dix Livres de la Chirurgie. En 1575, il édite Les Œuvres de M. Ambroise Paré, Conseiller et Premier Chirurgien du Roy, ouvrage encyclopédique en plusieurs livres, illustré de gravures sur bois représentant instruments, prothèses et schémas anatomiques. Plusieurs éditions ont été numérisées par la BnF et sont accessibles sur Gallica (BnF Gallica, Les œuvres d'Ambroise Paré, URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15199224.image).
L'ouvrage rassemble anatomie, chirurgie des plaies, obstétrique, prothèses et descriptions tératologiques. La publication en langue vernaculaire — alors inhabituelle pour un traité scientifique — élargit considérablement la diffusion du savoir chirurgical hors de la Faculté de médecine de Paris, alors strictement latine.
Pourquoi cette figure compte pour la formation IBODE actuelle
Le contrôle hémostatique systématique
Le plateau d'hémostase standardisé que dispose l'IBODE — pinces hémostatiques (Halsted, Kelly, Péan), fils résorbables et non-résorbables, électrocoagulation bipolaire et monopolaire — est l'héritage direct de la ligature parésienne. La HAS rappelle dans sa check-list « Sécurité du patient au bloc opératoire » (2018) que l'identification et la sécurisation des structures vasculaires est l'un des piliers de la chirurgie sûre (HAS, 2018, URL : https://www.has-sante.fr/jcms/c_491096/fr/check-list-securite-du-patient-au-bloc-operatoire).
La pédagogie du pansement
Le geste de pansement postopératoire que pratique l'IBODE en SSPI repose sur le principe parésien — recouvrir sans cautériser, observer la plaie, surveiller l'évolution. La HAS a publié en 2021 ses recommandations « Pansements complexes en chirurgie » qui codifient les choix de pansement selon les types de plaie.
La traçabilité du dispositif médical implantable (DMI)
Paré a décrit dans ses Œuvres les premières prothèses fonctionnelles personnalisées. En 2026, la traçabilité des dispositifs médicaux implantables est régie par l'article R5212-36 du Code de la santé publique et par le règlement européen UE 2017/745 (Medical Device Regulation, applicable depuis le 26 mai 2021). Elle relève notamment de la responsabilité IBODE en peropératoire (Légifrance, Code de la santé publique, article R5212-36, URL : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006915512).
A RETENIR
- Ambroise Paré (vers 1510 – 1590) : barbier-chirurgien français, chirurgien militaire puis des rois.
- 1545 : publication en français de La Méthode de traicter les playes faictes par hacquebutes — rupture avec la cautérisation à l'huile bouillante.
- 1552 : mise en pratique de la ligature artérielle sur les moignons d'amputation au siège de Damvillers.
- 1564-1575 : publications encyclopédiques en français (BnF Gallica conserve les éditions originales).
- Héritage IBODE : hémostase systématique, pansements (HAS 2021), traçabilité DMI (CSP R5212-36, MDR UE 2017/745).