Causes specifiques peranesthesiques de l ACR
Causes périanesthésiques de l'ACR
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Causes spécifiques périanesthésiques de l'ACR
Anesthésie et Pharmacologie
Causes spécifiques périanesthésiques de l'ACR
Hypoxie, hypovolémie, troubles du rythme, embolie gazeuse : étiologies et prévention au bloc opératoire
📌 Cette leçon en 3 points
- Comprendre les principes fondamentaux — Causes spécifiques périanesthésiques de l'ACR
- Connaître le rôle spécifique de l'IBODE dans cette prise en charge
- Appliquer les bonnes pratiques et protocoles au bloc opératoire
- Je connais les 4H et les 4T de l'ACR périanesthésique
- Je sais identifier les Signes précurseurs d'un ACR périanesthésique (EtCO₂, SpO₂, ECG)
- Je connais les causes spécifiques au bloc : embolie gazeuse, anaphylaxie aux curares, pneumothorax
- Je sais préparer le matériel d'urgence et les médicaments de réanimation
- Je comprends la différence entre rythme chocable et non chocable
- Je sais quantifier les pertes sanguines et déclencher le protocole de transfusion massive
Définition et cadre
L'arrêt cardio-respiratoire (ACR) périanesthésique désigne toute interruption brutale de l'activité circulatoire efficace survenant entre l'induction anesthésique et la fin de la SSPI, en présence d'une équipe d'anesthésie. Son incidence est estimée à 0,5 à 1 pour 10 000 anesthésies en France (registre SFAR/CFAR). À la différence de l'ACR communautaire, il est presque toujours témoigné, monitoré et réversible si la cause spécifique est identifiée précocement. La leçon cible les étiologies directement liées à l'anesthésie (drogues, technique, ventilation, voie veineuse) par opposition aux causes chirurgiCalles ou aux comorbidités du patient.
Physiopathologie et mécanismes
Quatre grands mécanismes périanesthésiques dominent : hypoxémie (intubation œsophagienne non détectée, extubation accidentelle, obstruction du circuit, bronchospasme), collapsus cardiovasculaire (surdosage en hypnotiques ou halogénés, anaphylaxie aux curares ou aux antibiotiques, intoxication aux anesthésiques locaux), troubles du rythme (bradycardie vagale par traction péritonéale, allongement du QT par sévoflurane ou ondansétron, hyperkaliémie par succinylcholine sur dénervation), et causes mécaniques (embolie gazeuse en chirurgie laparoscopique, pneumothorax compressif sous ventilation à pression positive, embolie pulmonaire au déclampage).
Diagnostic et causes spécifiques
La démarche repose sur le mnémotechnique 4H–4T adapté au bloc (ERC 2021) : Hypoxie, Hypovolémie, Hypo/Hyperkaliémie, Hypothermie ; Toxiques (anesthésiques), Tamponnade, pneumothorax, Thrombose. Causes péranesthésiques majeures :
- Anaphylaxie pér-anesthésique (1/10 000 à 1/20 000) : curares (rocuronium, suxaméthonium), latex, antibiotiques (céfazoline). Tableau : collapsus + bronchospasme + érythème ± œdème.
- Intoxication aux anesthésiques locaux (LAST) : injection intravasculaire de bupivacaïne ou ropivacaïne lors d'ALR. Convulsions puis collapsus, troubles du rythme ventriculaire.
- Hyperthermie mallergène : déclenchement par halogénés ou succinylcholine (voir leçons HM).
- Embolie gazeuse : insufflation CO2 cœlioscopique, chirurgie en position assise (neurochirurgie).
- Réflexe vagal : traction sur péritoine, fosse postérieure, globe oculaire, cervico-utérin.
Traitement
Application immédiate de l'algorithme ALS adulte ERC 2021 : massage cardiaque externe (MCE) à 100–120/min, 5 cm de profondeur, ventilation FiO₂ 100%, adrénaline 1 mg IV toutes les 3–5 min, défibrillation 200 J biphasique sur rythme choquable. Spécificités pér-anesthésiques : arrêt immédiat des halogénés en cas d'HM suspectée, sugammadex 16 mg/kg pour antagoniser un bloc rocuronium en cas d'anaphylaxie suspectée au curare, Intralipide 20% bolus 1,5 mL/kg puis 0,25 mL/kg/min pour LAST, exsufflation à l'aiguille pour pneumothorax compressif, position Dautrebande gauche pour embolie gazeuse.
Vérification par l'équipe : capnographe (la chute brutale de l'EtCO₂ sous 10 mmHg signe l'arrêt circulatoire), SpO₂, ECG continu, monitorage de la curarisation et BIS. La capnographie est la pierre angulaire du diagnostic périopératoire selon la SFAR.
Pièges
- Confondre une bradycardie vagale autolimitée avec un ACR : l'EtCO2 et le pouls fémoral palpé tranchent.
- Oublier que la dose d'adrénaline en anaphylaxie (50–100 µg IV titrée) diffère de la dose ACR (1 mg).
- Sous-estimer le rôle de la position chirurgicale (Trendelenburg inversé, décubitus ventral) qui peut empêcher un MCE efficace.
- Mettre fin trop vite à la réanimation : un patient anesthésié, normothermique, peut récupérer après 30–45 min de RCP de qualité.
Implications IBODE — pratique au bloc
Circulant : déclenche l'alerte (téléphone interne, code bloc), apporte le chariot d'urgence et le défibrillateur, note l'heure de l'arrêt et de chaque injection d'adrénaline, prépare les drogues (adrénaline, Intralipide, sugammadex, atropine), gère la communication avec la pharmacie et le réanimateur d'astreinte. Vérifie la date de péremption du dantrolène et de l'Intralipide en début de programme.
Instrumentiste : maintient la stérilité du champ, protège la plaie opératoire avec des champs stériles imbibés de sérum tiède si l'intervention doit être interrompue, conserve les compresses comptées, garde l'instrumentation prête pour reprise rapide ou massage cardiaque interne (thoracotomie d'urgence). Sur ACR de cause hémorragique, prépare immédiatement clamps vasculaires et compresses de tamponnement.
Aide opératoire : se substitue ou complète l'instrumentiste, réalise le MCE si la position le permet (en alternance toutes les 2 min), aide à mettre le patient en décubitus dorsal sur plan dur, déplace les écarteurs et arceaux gênants. En décubitus ventral, alerte sur l'impossibilité d'un MCE efficace : retournement urgent à exiger.
Compétences IBODE C2 et C5 (Arrêté du 27 avril 2022) : participation à la mise en œuvre des techniques de réanimation et application des règles de sécurité. La traçabilité de l'événement (heure, drogues, doses, intervenants) relève du dossier patient peropératoire et engage la responsabilité de l'équipe (décret SSPI 94-1050 du 5/12/1994).
Référentiels
- European Resuscitation Council Guidelines 2021 — Adult Advanced Life Support, Soar et al., Resuscitation 2021.
- SFAR — Recommandations Formalisées d'Experts "Réduction de la mortalité associée à l'anesthésie", 2019.
- SFAR/CFAR — Registre des accidents pér-anesthésiques.
- SFAR — RFE "Anaphylaxie peranesthésique", 2017 (mise à jour 2023).
- ASRA — Guidelines sur Local Anesthetic Systemic Toxicity, 2020.
- Décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 relatif à la sécurité anesthésique (SSPI).
- Arrêté du 27 avril 2022 relatif à la formation IBODE — compétences C1 à C9.
🧠 Flashcards de révision
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Références, sources officielles et mention de responsabilité.
📚 Pour aller plus loin :
- Anesthésie et Pharmacologie
- Hyperthermie Maligne
- Gestion des Risques et Qualité