Définition et Cadre Légal

Définition - Matériovigilance
La matériovigilance a pour objet la surveillance des incidents et des risques d'incidents résultant de l'utilisation des dispositifs médicaux (DM) après leur mise sur le marché. Elle vise à éviter que ne se (re)produisent des incidents et risques d'incidents en prenant les mesures préventives et/ou correctives appropriées.

Source : Article L.5212-1 du Code de la Santé Publique

Qu'est-ce qu'un Dispositif Médical ?

Selon le Règlement UE 2017/745 (MDR), un dispositif médical est :

Tout instrument, appareil, équipement, logiciel, implant, réactif, matière ou autre article, destiné par le fabricant à être utilisé, seul ou en combinaison, chez l'homme pour :
  • Le diagnostic, la prévention, le contrôle, la prédiction, le pronostic, le traitement ou l'atténuation d'une maladie
  • Le diagnostic, le contrôle, le traitement, l'atténuation d'une blessure ou d'un handicap ou la compensation de ceux-ci
  • L'étude, le remplacement ou la modification de l'anatomie ou d'un processus ou état physiologique ou pathologique
  • La maîtrise ou l'assistance à la conception

Qu'est-ce qu'un incident de matériovigilance ?

Un incident de matériovigilance est défini comme :

  • Tout dysfonctionnement ou altération des caractéristiques ou des performances d'un dispositif médical
  • Toute inadéquation dans l'étiquetage ou la notice d'instruction
  • Tout effet indésirable

Qui est susceptible d'entraîner ou a entraîné :

  • La mort du patient, de l'utilisateur ou d'une autre personne
  • Une dégradation grave de l'état de santé du patient, de l'utilisateur ou d'une autre personne
Notion importante : le "risque d'incident"
Il n'est pas nécessaire qu'un incident se soit réellement produit pour déclencher une déclaration. Un risque d'incident (incident évité de justesse, dysfonctionnement sans conséquence cette fois mais potentiellement grave) doit également être signalé.

Les Vigilances Sanitaires

La matériovigilance s'inscrit dans un système plus large de vigilances sanitaires coordonnées par l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé).

Matériovigilance

Surveillance des incidents liés aux dispositifs médicaux : instruments, implants, équipements, logiciels médicaux.

Autorité : ANSM

Radiovigilance

Surveillance des événements indésirables liés à l'exposition aux rayonnements ionisants à des fins médicales.

Autorité : ASN

Réactovigilance

Surveillance des incidents liés aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (DMDIV) : réactifs, automates de laboratoire.

Autorité : ANSM

Pharmacovigilance

Surveillance des effets indésirables des médicaments après leur mise sur le marché.

Autorité : ANSM / CRPV

Hémovigilance

Surveillance des incidents transfusionnels liés aux produits sanguins labiles.

Autorité : ANSM / EFS

Cosmétovigilance

Surveillance des effets indésirables des produits cosmétiques.

Autorité : ANSM

Point IBODE - Vigilances au bloc
Au bloc opératoire, l'IBODE est particulièrement concerné par :
  • Matériovigilance : instruments, DM stériles, implants, équipements
  • Radiovigilance : amplificateur de brillance, scanner peropératoire
  • Pharmacovigilance : médicaments utilisés en peropératoire

Réglementation Européenne MDR

Le Règlement UE 2017/745 (MDR)

Le Medical Device Regulation (MDR) est entré en application le 26 mai 2021. Il remplace les anciennes directives (93/42/CEE et 90/385/CEE) et renforce considérablement les exigences de sécurité des dispositifs médicaux.

Évaluation clinique renforcée

Obligation de preuves cliniques pour tous les DM, y compris pour les équivalences. Investigations cliniques plus fréquentes.

Identification unique (UDI)

Système d'identification unique des dispositifs permettant leur traçabilité tout au long de leur cycle de vie.

Base de données EUDAMED

Base européenne centralisant les informations sur les DM, les fabricants, les organismes notifiés et les incidents de vigilance.

Personne chargée du respect de la réglementation

Obligation pour chaque fabricant de désigner une personne qualifiée responsable du respect des exigences réglementaires.

Surveillance après commercialisation (PMS)

Système de surveillance proactif par le fabricant incluant le suivi clinique après commercialisation (PMCF).

Documentation technique renforcée

Dossier technique plus complet incluant les rapports de sécurité périodiques et les synthèses de sécurité et de performances cliniques.

Le marquage CE

Le marquage CE atteste de la conformité du dispositif médical aux exigences essentielles de sécurité et de performance. Il est obligatoire pour commercialiser un DM dans l'Union Européenne.

Signification du marquage CE
  • Le dispositif répond aux exigences essentielles de sécurité et de performance
  • Le fabricant a fourni la documentation technique requise
  • Un organisme notifié a vérifié la conformité (pour les classes > I)
  • Le dispositif peut circuler librement dans l'Espace Économique Européen
Attention
Le marquage CE n'est pas une garantie de qualité optimale ni d'efficacité thérapeutique maximale. Il atteste uniquement de la conformité aux exigences réglementaires minimales de sécurité. Un incident peut survenir même avec un dispositif correctement marqué CE.

Classification des Dispositifs Médicaux

Les DM sont classés selon leur niveau de risque, déterminant les procédures d'évaluation de conformité applicables. La classification dépend de critères comme : la durée d'utilisation, le caractère invasif, la zone du corps concernée, et l'utilisation d'une source d'énergie.

Classe I

Risque faible

Auto-certification par le fabricant

Ex: compresses, lits médicaux, fauteuils roulants

Classe IIa

Risque modéré

Intervention organisme notifié (ON)

Ex: cathéters courts, aiguilles, lentilles de contact

Classe IIb

Risque élevé

Intervention ON renforcée

Ex: respirateurs, hémodialyseurs, lasers chirurgicaux

Classe III

Risque critique

Évaluation complète ON + évaluation clinique

Ex: implants, valves cardiaques, prothèses de hanche

Règles de classification

L'annexe VIII du MDR définit 22 règles de classification. Voici les critères principaux :

Critère Impact sur la classification
Durée d'utilisation Temporaire (< 60 min), court terme (< 30 jours), long terme (> 30 jours)
Caractère invasif Non invasif, invasif via orifice naturel, invasif chirurgical, implantable
Zone du corps Système circulatoire central, système nerveux central = classe plus élevée
Source d'énergie Actif diagnostique, actif thérapeutique, actif implantable
Substances médicinales DM incorporant un médicament = classe III minimum
Évolutions MDR importantes
Le MDR a reclassé vers le haut de nombreux dispositifs :
  • Logiciels d'aide au diagnostic/pronostic vital : peuvent être classe IIb ou III
  • Instruments réutilisables invasifs chirurgicaux : passent en classe IIa (ex: pinces)
  • Dispositifs nanométriques : classe III
  • DM composés de substances absorbables : classe III

Processus de Déclaration

Étapes de la déclaration

1

Identification de l'incident

Tout professionnel de santé constate un dysfonctionnement, un effet indésirable ou un risque d'incident lié à un dispositif médical. Ne pas jeter le DM suspect !

2

Signalement au correspondant local

Déclaration auprès du correspondant local de matériovigilance (CLMV) de l'établissement. Utilisation du formulaire CERFA n°10246 ou déclaration en ligne sur le portail de l'ANSM.

3

Analyse et qualification

Le CLMV analyse l'incident, le qualifie (incident grave ou non) et complète la déclaration avec les informations techniques et cliniques nécessaires.

4

Transmission à l'ANSM

La déclaration est transmise à l'ANSM qui l'enregistre, l'évalue et coordonne les actions avec le fabricant et les autorités compétentes.

5

Mesures correctives

Si nécessaire : rappel de lot, modification d'utilisation, alerte sanitaire, retrait du marché. Retour d'information aux déclarants.

Délais de déclaration

Immédiat (sans délai)

Incident ayant entraîné ou susceptible d'entraîner la mort ou une dégradation grave imminente de l'état de santé.

48 heures maximum

Incident grave n'ayant pas entraîné de conséquence immédiate mais présentant un risque de récurrence.

15 jours maximum

Autres incidents de matériovigilance (dysfonctionnements, effets indésirables non graves mais devant être signalés).

Obligation légale de déclaration
La déclaration est obligatoire (Art. L.5212-2 CSP). Le non-respect de cette obligation est passible de sanctions. Tout professionnel de santé a l'obligation de signaler les incidents dont il a connaissance, même s'il n'en est pas directement témoin.

Conservation des preuves

En cas d'incident, il est crucial de :

  • Isoler le dispositif suspect : ne pas le jeter, le mettre de côté avec son emballage
  • Conserver les références : n° de lot, n° de série, date de péremption, fabricant
  • Documenter l'incident : circonstances, date, heure, personnes présentes
  • Photographier si possible : état du dispositif, défaut visible
  • Bloquer le stock : ne pas utiliser d'autres DM du même lot en attendant l'analyse

Acteurs et Organisation

Au niveau national

ANSM

Agence Nationale de Sécurité du Médicament. Autorité compétente nationale, reçoit et évalue les déclarations, coordonne les alertes.

DGS

Direction Générale de la Santé. Définit la politique de santé publique et la réglementation relative aux DM.

HAS

Haute Autorité de Santé. Évalue le service attendu des DM pour le remboursement et émet des recommandations.

Au niveau de l'établissement

CLMV

Correspondant Local de Matériovigilance. Désigné par le directeur, reçoit les signalements internes et les transmet à l'ANSM. Anime le système local.

Commission des DM

Instance pluridisciplinaire qui analyse les incidents, évalue les nouveaux DM et définit la politique d'achat des DM.

Pharmacien gérant

Responsable de l'approvisionnement, du stockage et de la dispensation des DM stériles et implantables.

Service biomédical

Assure la maintenance des équipements médicaux, participe à l'analyse des incidents techniques.

Fabricants et distributeurs

Acteur Obligations principales
Fabricant Conception conforme, marquage CE, documentation technique, surveillance post-commercialisation, déclaration des incidents à l'autorité compétente de l'État où l'incident s'est produit
Mandataire Représente le fabricant hors UE, conserve la documentation technique, transmet les informations de vigilance
Importateur Vérifie le marquage CE et la documentation, signale les incidents au fabricant et à l'autorité compétente
Distributeur Vérifie le marquage CE, assure les conditions de stockage, transmet les informations de vigilance

Rôle de l'IBODE

L'IBODE occupe une position privilégiée pour détecter et signaler les incidents de matériovigilance. Il manipule quotidiennement de nombreux dispositifs médicaux et est souvent le premier à constater un dysfonctionnement.

Détection des incidents

L'IBODE doit être vigilant sur :

  • Défauts d'emballage : déchirure, absence d'indicateur de stérilisation viré, péremption dépassée
  • Défauts du dispositif : rupture, corrosion, défaut de fonctionnement, pièce manquante
  • Problèmes d'utilisation : difficulté de montage, instructions peu claires, incompatibilité avec d'autres DM
  • Effets indésirables : réaction tissulaire anormale, allergie, infection
  • Dysfonctionnements d'équipements : pannes, alarmes inexpliquées, résultats aberrants
Exemples d'incidents à signaler au bloc
  • Pince bipolaire qui provoque une brûlure à distance de la zone de coagulation
  • Agrafeuse dont les agrafes ne se forment pas correctement
  • Sonde d'intubation dont le ballonnet éclate
  • Implant dont la taille ne correspond pas à l'étiquetage
  • Fil de suture qui casse de façon anormale
  • Insufflateur qui ne maintient pas la pression programmée

Actions de l'IBODE

1

Sécuriser le patient

Priorité absolue : assurer la sécurité du patient et la continuité des soins. Alerter le chirurgien et l'anesthésiste si nécessaire.

2

Isoler le dispositif

Mettre de côté le DM incriminé avec son emballage. Ne pas le jeter. Le placer dans un sac étiqueté "À ne pas utiliser - Matériovigilance".

3

Documenter l'incident

Noter : références complètes du DM, circonstances précises, conséquences observées, témoins. Compléter le dossier patient.

4

Signaler au CLMV

Transmettre les informations au correspondant local de matériovigilance dans les délais réglementaires. Utiliser le formulaire interne de l'établissement.

5

Participer au retour d'expérience

Contribuer à l'analyse de l'incident, proposer des mesures préventives, participer à la diffusion des alertes dans l'équipe.

Compétences attendues

Compétences réglementaires IBODE - Matériovigilance
Selon le référentiel de compétences (arrêté du 30 décembre 2015), l'IBODE doit :
  • C3 : Mettre en œuvre des techniques et pratiques adaptées au processus opératoire, incluant la gestion des DM
  • C4 : Mettre en œuvre des mesures de prévention des risques, incluant le signalement des incidents
  • C7 : Informer et communiquer, notamment en matière de traçabilité et de transmission des alertes

Traçabilité des DM implantables

L'IBODE participe activement à la traçabilité des DM implantables :

  • Coller les étiquettes de traçabilité dans le dossier patient
  • Enregistrer dans le système d'information : n° de lot, n° de série, date d'implantation
  • Vérifier la concordance entre le DM posé et la prescription/commande
  • Participer à l'information du patient (carte d'implant)
Importance de la traçabilité
La traçabilité permet en cas d'alerte sanitaire de retrouver rapidement tous les patients ayant reçu un implant d'un lot défectueux. C'est un élément essentiel de la sécurité du patient et de la matériovigilance.

QCM d'Évaluation

1 Quel est l'objectif principal de la matériovigilance ?
A Contrôler la qualité des dispositifs médicaux avant leur commercialisation
B Surveiller les incidents après mise sur le marché et éviter leur récurrence
C Négocier les prix des dispositifs médicaux
D Former les utilisateurs à l'utilisation des DM
Explication : La matériovigilance a pour objet la surveillance des incidents et risques d'incidents résultant de l'utilisation des dispositifs médicaux APRÈS leur mise sur le marché. Son objectif est d'éviter que ne se (re)produisent ces incidents en prenant les mesures préventives et/ou correctives appropriées.
2 Quelle est l'autorité compétente nationale pour la matériovigilance en France ?
A La HAS (Haute Autorité de Santé)
B L'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire)
C L'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)
D L'ARS (Agence Régionale de Santé)
Explication : L'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) est l'autorité compétente pour la matériovigilance en France. Elle reçoit les déclarations, les évalue, coordonne les actions correctives et diffuse les alertes. L'ASN est compétente pour la radiovigilance.
3 Quel est le délai de déclaration pour un incident ayant entraîné ou risquant d'entraîner la mort ?
A Immédiat (sans délai)
B 48 heures
C 15 jours
D 30 jours
Explication : Les incidents ayant entraîné ou étant susceptibles d'entraîner la mort ou une dégradation grave imminente de l'état de santé doivent être déclarés immédiatement, sans délai. Les autres incidents graves sont à déclarer sous 48h maximum, et les incidents non graves sous 15 jours.
4 Quelle est la classe de risque d'une prothèse de hanche selon le MDR ?
A Classe I
B Classe IIa
C Classe IIb
D Classe III
Explication : Les prothèses de hanche sont des dispositifs implantables à long terme (> 30 jours), ce qui les classe automatiquement en classe III (risque le plus élevé). Les implants et les dispositifs en contact avec le système circulatoire central ou le système nerveux central sont tous classés III.
5 Qui est le CLMV dans un établissement de santé ?
A Le directeur de l'établissement
B Le correspondant local de matériovigilance désigné par le directeur
C Le chef du bloc opératoire
D L'inspecteur de l'ANSM
Explication : Le CLMV (Correspondant Local de Matériovigilance) est une personne désignée par le directeur de l'établissement. Il est chargé de recevoir les signalements internes, d'analyser les incidents, de les qualifier et de les transmettre à l'ANSM. Il anime également le système de matériovigilance local.
6 Que signifie le marquage CE sur un dispositif médical ?
A Le dispositif est fabriqué en Europe
B Le dispositif est le meilleur de sa catégorie
C Le dispositif est conforme aux exigences essentielles de sécurité et de performance
D Le dispositif est remboursé par la sécurité sociale
Explication : Le marquage CE atteste que le dispositif médical répond aux exigences essentielles de sécurité et de performance définies par la réglementation européenne (MDR). Il permet la libre circulation du produit dans l'Espace Économique Européen. Ce n'est pas un label de qualité optimale ni une indication de remboursement.
7 Que doit faire l'IBODE en priorité lorsqu'il constate un dysfonctionnement d'un DM pendant une intervention ?
A Sécuriser le patient et alerter l'équipe chirurgicale
B Remplir immédiatement le formulaire de déclaration
C Appeler le fabricant du dispositif
D Jeter le dispositif défectueux
Explication : La priorité absolue est toujours la sécurité du patient. L'IBODE doit d'abord sécuriser le patient et alerter l'équipe chirurgicale pour assurer la continuité des soins. Ensuite seulement, il procèdera à l'isolement du DM (ne jamais le jeter !) et à la déclaration.
8 Quel est l'acronyme du règlement européen sur les dispositifs médicaux entré en vigueur en 2021 ?
A RGPD
B DMS
C MDD
D MDR
Explication : Le MDR (Medical Device Regulation) est le règlement UE 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, entré en application le 26 mai 2021. Il remplace les anciennes directives (MDD 93/42/CEE) et renforce significativement les exigences de sécurité, d'évaluation clinique et de surveillance post-commercialisation.
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